Fort-de-France, le 2 février 2008
Monsieur le président
La Martinique est confrontée depuis le trimestre dernier à une dégradation galopante de son organisation sociale et économique du fait certainement de décisions qui s’imposent à elle, mais qui, de mon point de vue ne sont pas suffisantes pour tout expliquer.
Les différentes lois de décentralisation ont confiées à toutes les collectivités locales un certains nombre de responsabilités. Le but poursuivi par l’Etat, comme vous le savez, est d’orienter l’emploi vers le secteur marchand, pour que la supposée reprise de la croissance puisse générer un effet levier sur l’emploi, en réduisant au maximum les dispositifs d’aide publique à l’emploi. Pour mémoire je me permets de vous rappeler que lors des débats sur l’emploi, j’ai adopté une opposition constructive, notamment en proposant une alternative à la suppression du congé solidarité, mais en vain.
Cette conjoncture économique qui ne peut laisser insensible aucun responsable politique, doit conduire a l’audace et à la prise d’initiatives. Cette fragilisation du lien social en Martinique me préoccupe et m’interpelle sur nos marges de manœuvre.
En effet des mesures innovantes, urgentes, qui relèvent de démarches d’ingénierie sociale, doivent être initiées pour mettre un terme durable sinon, apaiser l’inquiétude et l’angoisse de ces centaines de jeunes, et de familles quand aux lourdes menaces qui pèsent sur leur présent et hypothèquent leur avenir.
Je veux parler ici, entre autres, des 750 jeunes en formation au CFA BTP de Ducos, des 600 étudiants de l’IFMES, des 1700 « contrats aidés », mais plus encore de ces milliers de jeunes scolarisés en collèges et en Lycées, pour lesquels les risques d’échec de leur parcours éducatif ne fera plus de doute, du fait de la suppression de leur encadrement.
Ce désastre n’est pas inévitable. Des alternatives acceptables sur le plan social et économique sont viables. En effet la ville Fort de France dans la gestion de la sortie du dispositif emplois jeunes, a mis en place la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences dans un objectif d’accompagnement à la formation, la qualification, et l’intégration. 232 jeunes étaient concernés, aucun n’a été licencié. Nous avons capitalisé une expérience qui si elle n’est pas complètement transférable peut servir aux différentes démarches de résolution proposées.
Face à ces périls, je crois qu’il est encore possible de déclencher des effervescences créatrices et sortir du cercle mortifère de la non responsabilité, par la responsabilité mise en œuvre, par l’initiative mobilisée, par l’agir de tous et de chacun, selon son champ de compétence, dans une perspective soigneusement définie.
Nous ne pouvons plus envisager l’indispensable sursaut de notre pays par des orientations qui viendraient d’ailleurs. Ce serait encore s’installer dans les mécanismes de la passivité, lesquels n’ont jamais permis une quelconque élévation.
Veuillez agréer monsieur le président mes salutations distinguées.
Serge LETCHIMY
