Lettre de Serge Letchimy au président de la république

Monsieur le président,

Depuis plus d’un mois l’ensemble de l’outremer se prépare à ce que pouvons déjà qualifier de catastrophe sociale. En Martinique près de 1700 personnes supplémentaires vont gonfler les effectifs des chômeurs dont vous n’ignorez pas que le taux affleure déjà les 25%.

Nous assistons à une déstabilisation sans précédent du tissu social de la Martinique. Ce sont des centaines d’emplois qui sont supprimés, des familles entières privées de ressources, des menaces lourdes pesant sur la formation des jeunes, pour exemples, l’IFMES et le CFA BTP. Ce sont des milliers de jeunes scolarisés en lycées et en collèges qui se voient supprimer leur encadrement éducatif. Le renforcement éducatif, recommandé par les circulaires d’organisation de l’éducation prioritaire, est réduit à une situation qui ne permettra plus le fonctionnement des services d’hébergement et des cantines scolaires. Cela nécessitera l’organisation de nouveaux transferts d’élèves dans une région ou le transport collectif est défaillant..

Ce sont toutes ces activités complémentaires et indispensables à l’action pédagogique qui ne seront plus assurées : l’entretien des locaux, la sécurité, la vie scolaire, les CDI, la restauration scolaire. C’est le cas entre autres aux Lycées de la Pointe des nègres, du Lorrain, du Marin, de Petit Manoir, Place d’armes, Acajou I et II, dans les collèges du Lamentin, de Sainte Anne, du Diamant, de Fort de France.

Cette situation me préoccupe au plus haut point. Quand on sait que le taux de chômage des jeunes de moins 26 ans est de 70% dans certains quartiers, une mobilisation générale est indispensable.

Ce désastre n’est pas inévitable.

Je salue les initiatives prises ici et là, par les services de l’Etat et certaines collectivités, mais je ne peux me contenter d’une appréciation au pourcentage (20,30 ou 50%) du nombre de personnes retenues dans les propositions jusqu’alors avancées. A ce titre je veux réaffirmer ici la nécessité de maintenir en poste la totalité des agents concernés, et m’inscris en faux dans cette idée que les besoins ne seraient que partiels. Nous devons nous atteler à proposer une solution de sortie du dispositif, soit par la reconduction et la stabilisation, soit par la formation et l’accompagnement à l’insertion. Il s’agit de veiller à ce que le dispositif ait joué pleinement son rôle, à savoir porter aux bénéficiaires une plus value sociale et professionnelle évaluable.

La tendance à la banalisation du taux inacceptable de chômage en Martinique fausse les appréciations et les analyses, et par conséquent rend inopérantes des décisions qui se veulent applicables uniformément à tous les territoires quelque soit leurs différences.

C’est par l’acceptation des différences, et ensemble dans la diversité que nous devons chercher les solutions. C’est dans cet état d’esprit que j’attire votre attention sur les graves dangers qui nous menacent et pour lesquels des solutions urgentes doivent être trouvées.

Je vous prie d’agréer monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

Fort de France le Février 2008

Serge LETCHIMY

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