Gouvernance écologique
31 mars 2008I.1 Assurer une reconversion raisonnĂ©e de l’Ă©conomie martiniquaise autour de nouveaux axes productifs.
La richesse de la biodiversitĂ© martiniquaise, l’effort nĂ©cessaire en matière de protection de l’environnement, les impĂ©ratifs de dĂ©veloppement du marchĂ© du travail, les contraintes de l’environnement Ă©conomique et gĂ©opolitique proche (les CaraĂŻbes) nous amènent Ă envisager un nouveau modèle de dĂ©veloppement fondĂ© sur la valorisation des bio-activitĂ©s. Cette perspective se conçoit Ă travers un triple impĂ©ratif :
· tirer les consĂ©quences des pratiques productives en dĂ©clin et par ailleurs gĂ©nĂ©ratrices de graves atteintes Ă l’environnement et Ă la santĂ© publique ;
· protéger et mettre en valeur le patrimoine environnemental et culturel de notre île ;
· dĂ©velopper une Ă©conomie compĂ©titive et innovante, moins dĂ©pendante de la rente publique. Ici plus qu’ailleurs, la bataille du dĂ©veloppement n’est pas sĂ©parable de l’environnement.
L’accent mis sur les bio-activitĂ©s se fonde tout d’abord sur certaines rĂ©alitĂ©s Ă©conomiques et environnementales qui invitent Ă des pratiques innovantes. Elles dĂ©coulent des mutations structurelles qui affectent la production martiniquaise, marquĂ©e notamment par le dĂ©clin relatif de l’industrie bananière. Elles tiennent aussi aux graves atteintes Ă l’environnement et Ă la santĂ© publique provoquĂ©es par l’usage des pesticides. Prises ensemble, ces donnĂ©es invitent Ă la recherche de nouveaux dĂ©bouchĂ©s et Ă de nouvelles activitĂ©s, d’autant qu’en dĂ©pit d’une croissance apprĂ©ciable le taux de chĂ´mage reste dĂ©mesurĂ© (près de 25% de la population active).
L’accent mis sur les bio-activitĂ©s part ensuite du constat de l’Ă©volution des mentalitĂ©s et des pratiques de consommation en Europe et plus largement dans le monde industrialisĂ©. Ces dernières sont marquĂ©es par une forme de « retour Ă la nature » sensible depuis les annĂ©es 1990. Une part croissante des populations Ă fort pouvoir d’achat devient très exigeante, non seulement quant Ă la qualitĂ© de ce qu’elles consomment mais aussi quant aux consĂ©quences sociales et environnementales de leur consommation (commerce Ă©quitable).
La prĂ©gnance de ces dispositions et de ces nouvelles habitudes de consommation constitue de notre point de vue une opportunitĂ© d’ouverture et de diversification de la production locale, tant au niveau de l’agriculture que des services, notamment ceux liĂ©s au tourisme.
La valorisation et la captation de ces nouvelles habitudes de consommation doivent permettre de renforcer une production locale à haute valeur ajoutée, susceptible de distinguer la Martinique dans son environnement proche (les Caraïbes), de contribuer au développement économique et à la création d’emplois, résorbant ainsi chômage et pauvreté, les deux plaies endémiques de notre pays.
L’accent mis sur les bio-activitĂ©s se fonde enfin sur la prise de conscience de l’exceptionnelle richesse du patrimoine biologique Martiniquais, et du potentiel Ă©conomique qu’il recèle. Au regard de ces nouvelles pratiques de consommation, le patrimoine naturel, terrestre et maritime, constitue une « matière première » d’importance qu’il convient Ă la fois de prĂ©server, de reconstruire et de faire fructifier.
Cette richesse naturelle a largement Ă©tĂ© mise en Ă©vidence dans les conclusions du Grenelle de l’environnement. Elle est au cĹ“ur des axes stratĂ©giques retenus pour l’Outre-mer et constitue un atout essentiel de la Martinique. La prĂ©servation de ce patrimoine suppose nĂ©anmoins de rompre avec un certain nombre de pratiques, qui l’ont dĂ©gradĂ©. ProtĂ©gĂ©, il est alors susceptible d’ĂŞtre valorisĂ© dans une dĂ©marche de dĂ©veloppement Ă©conomique et social qui trouverait dans le respect des Ă©quilibres environnementaux le principe mĂŞme de sa dynamique.
La bio-activité se concentre sur trois secteurs essentiels sur lesquels le soutien des pouvoirs publics devrait porter.
Le premier est bien sĂ»r l’agriculture. Il s’agit d’engager une politique de soutien aux techniques agricoles alternatives, du type agriculture biologique. Cette dernière aurait les avantages suivants : en premier lieu, fournir Ă un Ă©co-tourisme une matière première alimentaire qui lui est par dĂ©finition indispensable ; en second lieu, ouvrir au secteur agricole un mode pertinent de reconversion tout en valorisant les produits locaux de qualitĂ©s ; en troisième lieu mettre l’accent sur la prĂ©servation et le dĂ©veloppement d’une agriculture familiale assurant nĂ©anmoins un niveau de vie confortable aux producteurs.
Le second secteur visĂ© est le tourisme. PrivilĂ©gier un tourisme Ă©cologique permettrait d’une part de crĂ©er un dĂ©bouchĂ© local aux productions agricoles de qualitĂ©. Il permettrait d’autre part de valoriser et de rentabiliser une politique globale de prĂ©servation de l’espace naturel, terrestre ou maritime. Il assurerait enfin un dĂ©veloppement maitrisĂ© de l’industrie touristique, en mettant l’accent sur des unitĂ©s de tailles moyennes, engagĂ©es dans une politique de maitrise des Ă©nergies ou des dĂ©chets ou encore sur le dĂ©veloppement de structure familiale d’accueil (sĂ©jour chez l’habitant, chambres d’hĂ´tes, etc.).
Le troisième secteur est celui de la recherche et de la formation. La valorisation de la biodiversitĂ© de l’Ă®le et de son milieu marin ainsi que la recherche de nouveaux produits, agricoles ou touristiques, devraient aboutir Ă une politique de recherche-dĂ©veloppement-formation.
I.2 Assurer la diffusion d’une nouvelle culture du risque.
Les Ă©vènements qui ont touchĂ© les Antilles ces derniers mois (ouragan DEAN en aoĂ»t, sĂ©isme en novembre) nous ont rappelĂ© l’extrĂŞme vulnĂ©rabilitĂ© de la zone et des populations qui y rĂ©sident face Ă la brutalitĂ© d’Ă©vènements naturels dont on a tout lieu de penser qu’ils vont se multiplier. Ces derniers doivent faire l’objet d’une attention prioritaire puisqu’il y va de la survie mĂŞme de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. La notion de gouvernance Ă©cologique renvoie très directement, de ce point de vue, au dĂ©veloppement trop attendu d’une vĂ©ritable « gouvernance du risque Ă©cologique » qui prendrait, essentiellement, deux formes.
Le premier aspect rĂ©side dans la conception et la mise en Ĺ“uvre rapide de plans globaux visant Ă : la remise aux normes antisismiques des constructions existantes, notamment des Ă©quipements publics tels les hĂ´pitaux et les Ă©coles ; la construction de nouveaux logements susceptibles de se substituer Ă des habitats prĂ©caires extrĂŞmement vulnĂ©rables aux Ă©lĂ©ments ; la rĂ©organisation du territoire, de son amĂ©nagement et de son exploitation en fonction des risques majeurs, de leur gestion et de leur prĂ©vision. Cette nouvelle politique du risque doit ĂŞtre placĂ©e au cĹ“ur mĂŞme de toute action publique aux Antilles en gĂ©nĂ©ral, en Martinique en particulier. Comme le sous-tend la notion de gouvernance, elle doit faire l’objet d’un partenariat continu avec les acteurs privĂ©s, qu’il s’agisse des acteurs Ă©conomiques ou des acteurs associatifs. Le ciblage des mesures de dĂ©fiscalisation comprises dans le projet de « ZFGA » doit dès lors intĂ©grer ces impĂ©ratifs ; elles ne sauraient pour autant suffire Ă une politique dont la cohĂ©rence et l’efficacitĂ© nĂ©cessitent des investissements publics directs consĂ©quents.
Le second aspect de cette nouvelle gouvernance du risque repose sur la construction progressive d’une vĂ©ritable « culture du risque » capable de faire de la prĂ©vention des risques majeurs une matrice de comportements, aussi bien pour les collectivitĂ©s locales que pour les acteurs Ă©conomiques, les associations et citoyens ordinaires.
Trois éléments au moins peuvent être mis au service de cet objectif et des nécessaires conversions, aussi bien mentales que pratiques, qu’implique le développement de cette nouvelle culture du risque.
L’accent mis sur les bio-activitĂ©s constitue le premier de ces Ă©lĂ©ments. En favorisant le dĂ©veloppement d’activitĂ©s respectueuses de l’environnement et en valorisant une forme de proximitĂ© aux rythmes naturels, les dĂ©veloppements prĂ©sentĂ©s au premier point ne peuvent que contribuer Ă une meilleure connaissance et une meilleure sensibilitĂ© Ă ces questions. Les politiques de soutien Ă l’Ă©conomie Martiniquaise doivent ĂŞtre conçues et appliquĂ©es de telle sorte qu’elles favorisent la conscientisation des acteurs Ă©conomiques locaux face Ă ces problèmes. Enfin, l’Ă©ducation et la formation Ă ces problĂ©matiques doivent ĂŞtre considĂ©rĂ©es comme des objectifs prioritaires et gĂ©nĂ©raux, susceptibles de se dĂ©cliner Ă tous les niveaux de l’action Ă©ducative (enseignement primaire, secondaire et supĂ©rieur ; formation professionnelle).
I.3 Redéfinir la gouvernance territoriale en domiciliant, autant que possible outre-mer, la responsabilité.
Les premiers principes ne peuvent trouver leur plein sens que sous une ultime condition. Il faut en effet donner du sens aux évolutions constitutionnelles opérées par la révision de mars 2003 et permettre ainsi que l’outre-mer s’assume et que ses populations soient à même de demander des comptes à un pouvoir local doté de vraies compétences sanctionnées par un principe de responsabilité. Telle est la philosophie qui devrait marquer le nouveau pacte républicain. Ce choix permettrait que la République valorise sa diversité, domicilie en de vrais lieux de vie les responsabilités et vivifie les autonomies ; C’est la condition d’un vrai dialogue entre décideurs et usagers, entre élus et citoyens, source possible de sanctions et en tout cas facteur d’éclosion d’une démocratie enfin vivifiée.
La faisabilité de cette démarche pourra s’appuyer sur :
· Un statut d’exception écologique. La maîtrise du champ d’innovation et de connaissance visant à initier des bio activités comme niches du marché international des services à prix et qualité élevés, compatibles avec le niveau élevé des salaires réels réclame, en effet, un temps et un champ d’expérimentation.
· Une gouvernance du développement où s’exprime le droit à l’initiative martiniquaise dans le domaine du développement économique.
· L’insertion dans la Région Caraïbe avec une participation effective aux instances régionales.




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