Déclaration de Cayenne
14 août 2008Une des caractéristiques essentielles des pays pauvres est de présenter des villes en crise qui sont la somme des difficultés du pays.
Toutes les villes de la Caraïbe illustrent ce phénomène : Fort-de-France, Pointe-à -Pitre et Basse-Terre ne font pas exception. Toutes les villes d’Amazonie sont confrontées à ce problème : Cayenne ne fait pas exception. Toutes les villes de l’Océan indien sont confrontées à ce problème : Saint-Denis ne fait pas exception.
Si le développement de la civilisation urbaine est une fatalité, seuls les pays riches ont les moyens de gérer cette fatalité et qui plus est avec faste. Bien sûr, l’urbanité génère en soi des difficultés que les villes riches peuvent rejeter « hors les murs », mais une plus grande solidarité entre villes riches et banlieues pauvres pourrait résoudre nombre de ces difficultés.
Dans le cas des villes d’outre mer, villes pauvres dans des régions pauvres, les bases de cette solidarité n’existent pas, mais puisque les capitales sont le lieu, où par définition se concentrent les activités et les populations, on leur demande d’être solidaires des zones rurales les plus dépeuplées, là où les activités sont plus rares. C’est la première raison qui explique que, depuis 1989, date à laquelle les Fonds structurels sont intervenus massivement pour résorber le retard de développement des DOM, les enjeux urbains n’ont jamais été jugés prioritaires.
Les maires des villes-capitales d’outre mer rappellent que si les bases de la solidarité n’existent plus entre villes et bourgs ruraux, c’est notamment parce que les capitales ont par le passé été le lieu d’affluence des populations fuyant la misère des campagnes. Ce phénomène a pris des proportions exceptionnelles avec le déclin de l’économie agricole dans les années 50. Les capitales qui étaient alors le reflet d’une activité économique prospère, se sont transformées en villes d’urgence, avec un amoncellement de quartiers.
Le retard pris en termes d’aménagement équilibré du territoire et d’amélioration du cadre de vie est considérable. Par ailleurs, faut-il le rappeler ? dans les régions d’outre mer, le déclin de l’économie agricole n’a jamais été compensé par l’émergence d’un appareil de production capable de procurer des emplois en nombre suffisant à la population. D’où la naissance d’un chômage structurel qui se concentra aussi dans les villes du fait de l’afflux de populations. Les charges des capitales ont augmenté, l’environnement urbain s’est dégradé, les classes sociales les plus riches s’en sont allées vers les périphéries résidentielles, la délinquance s’est installée…
La seconde raison qui explique la faible prise en compte des enjeux urbains dans les DOCUP successifs tient au caractère ultrapériphérique des régions d’outre mer qui implique que le principal handicap des DOM est le grand éloignement. D’où la nécessité de privilégier tout ce qui peut rapprocher les RUP de l’Europe (Port, aéroport, aujourd’hui NTIC). En adoptant une telle perspective, les contraintes de proximité semblent mineures au regard du mot d’ordre essentiel de Désenclavement. Aussi, la Communication de la Commission pour un partenariat renforcé avec les RUP, sur laquelle doivent se fonder les futurs programmes opérationnels, n’aborde à aucun moment la question urbaine.
Les maires des villes-capitales d’outre mer rappellent que s’intéresser aux facteurs endogènes du développement des RUP est nécessaire et impose de s’attarder en premier lieu sur la grave crise des villes ultrapériphériques qui doit être traitée de manière globale, et non pas sectorielle en fonction des enjeux de l’aménagement du territoire régional. Ils rappellent que les handicaps des villes des RUP découlent également des caractéristiques structurelles des régions ultrapériphériques, tels que l’isolement, l’exiguïté du territoire , la vulnérabilité aux cataclysmes naturels ou encore l’importance des flux migratoires (internes et externes) dont l’impact sur les villes, notamment en termes d’aggravation de la pénurie de logements ou plus généralement en termes de charges qui grèvent le budget des municipalités, est renforcé par l’exiguïté du territoire et l’isolement de ces régions ultrapériphériques. Si la crise de la ville est exacerbée par le grand éloignement, agir sur l’environnement urbain peut rapprocher les populations urbaines et les entreprises des régions ultrapériphériques de celles d’Europe continentale en réduisant les disparités, en termes d’accès aux services, de mobilité, de cadre de vie. La réduction des disparités est d’ailleurs l’orientation essentielle de la politique de cohésion, ce principe doit pleinement être appliqué pour les populations des villes.
La troisième raison tient plus à la méthode et aux modalités d’intervention des Fonds structurels : un partenariat élargi aux autorités urbaines n’a pas été explicitement recommandé par la Commission, en conséquence ce principe n’a pas été décliné dans les régions. Les villes n’ont alors pas pu accéder équitablement aux Fonds structurels pour mener à bien leurs projets de revitalisation urbaine.
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