Traité de Lisbonne
14 aoĂ»t 2008M. Serge Letchimy – Ce dĂ©bat me fait penser Ă deux grands poètes, dont l’un s’est dressĂ© contre le nazisme et l’autre contre la colonisation. « Je choisis le plus large contre le plus Ă©troit », Ă©crit AimĂ© CĂ©saire. Et pour RenĂ© Char, « la luciditĂ© est la blessure la plus rapprochĂ©e du soleil ».
Il y a deux Europe possibles : l’une, Ă©troite, que ce traitĂ© reprenant l’essentiel du projet avortĂ© de Constitution ambitionne de continuer Ă mettre en Ĺ“uvre ; l’autre, plus large, qui constitue mon horizon. Oui, la luciditĂ© est une blessure, mais une blessure stimulante parce qu’elle permet de continuer d’agir sans renoncer au rĂŞve. Quant Ă votre Europe, Monsieur le ministre, c’est celle de la finance et du libĂ©ralisme Ă©conomique le plus indĂ©cent ; ce n’est que par le biais d’un recours juridictionnel que l’on peut mettre en avant les valeurs auxquelles Mme Guigou a fait rĂ©fĂ©rence. C’est l’Europe de la croissance Ă tout prix, mĂŞme si elle menace la survie de la planète et de l’espèce humaine, l’Europe de l’État rĂ©duit au minimum. C’est l’Europe qui s’éloigne de la laĂŻcitĂ©, comme l’ont montrĂ© les discours de Riyad et de Latran : l’homme qui espère, ce n’est pas seulement celui qui croit, c’est aussi celui qui lutte pour un monde meilleur ! C’est, enfin, l’Europe forteresse obsĂ©dĂ©e par la rĂ©pression des flux migratoires. Tant que l’Europe verra Ă ses frontières de pauvres gens escalader des barbelĂ©s, tant que des ĂŞtres humains agoniseront sur ses plages ou sauteront par des fenĂŞtres pour fuir la police, elle se trahira elle-mĂŞme. Cette Europe-lĂ n’est pas la mienne !
Peut-on stopper cette Europe-lĂ en disant « non » au traitĂ© de Lisbonne ? Malheureusement, je ne le pense pas. Pour lutter contre l’Europe Ă©troite, nous avons besoin de l’Europe ! Notre combat pour l’Europe la plus large se fera avec l’Europe et dans l’Europe.
Cette Europe la plus large relève moins de la gĂ©ographie que de principes. Ce n’est pas la construction d’un nouvel empire dominateur, c’est la mise en relation de tous ceux qui partagent les mĂŞmes idĂ©aux de progrès, de respect de la diversitĂ© et de la dignitĂ© des peuples, bien loin du discours du PrĂ©sident de la RĂ©publique Ă Dakar. Notre perspective est d’habiter le monde de la manière la plus juste, la plus sobre et la plus humaine possible. L’Europe Ă laquelle je crois est l’utopie qui manque actuellement Ă la mondialisation. C’est celle par laquelle la RĂ©publique française « une et indivisible » pourrait devenir une « RĂ©publique unie », riche de ses diversitĂ©s. Comme l’a dit Glissant, on peut « changer en Ă©changeant avec l’autre sans pour autant se perdre ou se dĂ©naturer ».
Soyons lucides sur les régressions de notre époque, mais soyons aussi déterminés à utiliser les quelques avancées de ce traité pour continuer à nous battre en faveur d’une Europe de progrès, imprégnée des valeurs d’égalité et de solidarité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC et du groupe GDR)




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