Zones franches
20 août 2008La création de zones franches globales d’activités est au cœur de votre projet pour le développement de l’outre-mer.
Par leur taille, les expressions multiples de leur vulnérabilité , les singularités de leurs marchés respectifs, leur trajectoire de croissance sans développement, leurs taux de chômage doublés d’un nombre d’allocataires du RMI hors du commun, la grande dépendance et la fragilité de leur agriculture, ces collectivités sont un champ où les politiques mises en œuvre depuis un demi-siècle ont montré leur limite ; l’expertise que l’on peut aujourd’hui en faire établit qu’elles ne sauraient fonder un développement pérenne et responsable. D’autres voies doivent donc être recherchées et explorées sans délai.
Fort de cette nouvelle exigence, j’entends prendre ma part à la définition d’un nouveau cadre de développement de l’outre mer avec cependant un principe directeur ; les outre-mers sont multiples ; chacune de ses composantes doit donc jouer un rôle essentiel dans la recherche et la définition des voies et moyens de son propre modèle de développement en tant que réponse à ses singularités.
Pour ce qui est de la Martinique, je vous ai fait part dans mon courrier du 27 août dernier des grandes orientations qui me paraissent devoir constituer le cadre de l’émergence d’une nouvelle économie locale fondée sur le développement durable. Le dossier joint en annexe développe les mesures autour desquelles je propose que ce développement soit organisé.
Je crois cependant utile de vous préciser les principes directeurs de ma démarche et de vous décliner les éléments qui lui donnent sa cohérence.
• Notre insularitĂ© nous protège en mĂŞme temps qu’elle nous expose. Il faut par consĂ©quent que nous en prenions la vraie mesure, pour lever autant que possible les contraintes qui nous entravent mais aussi pour identifier et valoriser les atouts Ă mĂŞme de favoriser notre dĂ©veloppement Ă©conomique social et environnemental. Un nouveau positionnement en matière de biodiversitĂ© peut ainsi faire de la Martinique un lieu de vivacitĂ© Ă©cologique. Plus qu’un choix, c’est une exigence au regard des consĂ©quences des dĂ©rives que nous devons aujourd’hui gĂ©rer. Cette dĂ©marche par sa transversalitĂ© irradie de nombreux champs politiques dont l’agriculture, la santĂ©, le logement, le transport, la gestion des dĂ©chets, l’énergie, la politique urbaine……
• Les périls qui nous guettent sont de deux ordres : ceux que nous suscitons par nos comportements (le traitement de nos déchets, l’usage non maitrisée des pesticides ; nos politiques de prévention de certaines épidémies ou épizooties), et ceux sur lesquels nous n’avons pas a priori prise. Je pense aux risques naturels et notamment au risque sismique. Nous devons sur ces questions, non seulement maîtriser le prévisible, mais aussi nous préparer à gérer l’imprévisible. Tels sont les termes du défi auquel nous devons faire face et que nous nous devons de relever en répondant aux exigences de l’excellence. Il doit aussi être bien compris que nos périls sont différents de ceux de l’hexagone, même si ce dernier en est aussi comptable ; cela implique une méthodologie de gestion et de prévention des risques définie dans un cadre partenarial, des moyens clairement identifiés et un partage claire des responsabilités qui les domicilient dans des lieux réels de décision.
• Enfin, ces premiers principes ne peuvent trouver leur plein sens que sous une ultime condition. Nous devons donner du sens aux évolutions constitutionnelles opérées par la révision de mars 2003 et permettre ainsi que l’outre-mer s’assume et que ses populations soient à même de demander des comptes à un pouvoir local doté de vraies compétences sanctionnées par un principe de responsabilité. Telle est la philosophie qui devrait marquer le nouveau pacte républicain. Ce choix permettrait que la République valorise sa diversité, domicilie en des vrais lieux de vie les responsabilités et vivifie les autonomies. Au lieu des ratés et approximations actuelles où l’Etat se défausse sur les collectivités sur leurs supposées compétences et où le pouvoir local fustige les errements vrais ou supposés de l’Etat ; l’on verrait alors se nouer un vrai dialogue entre décideurs et usagers, entre élus et citoyens, source possible de sanctions et en tout cas facteur d’éclosion d’une démocratie enfin vivifiée.
Face à un tel chantier dont l’ampleur peut, tout autant, être source de crainte incitant alors à l’inaction que facteur d’enthousiasme, je pense à Aimé CESAIRE qui en un contexte, autrement difficile nous rappelait que « Tout l’espoir n’est pas de trop quand on regarde le siècle en face ».
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