Pour une politique patrimoniale
20 août 2008« de tout paysage garder intense la transe du passage … » Aimé Césaire, Moi, Laminaire …
Intervention d’Elisabeth LANDI au Conseil municipal du jeudi 31 juillet 2008
Monsieur le Maire, Chers collègues,
Le sujet qui nous occupe aujourd’hui est un sujet important car il touche aux Ă©lĂ©ments constitutifs de notre identitĂ©. AimĂ© CĂ©saire nous a appris que « comme l’homme a besoin d’oxygène pour survivre, il a besoin d’art et de poĂ©sie. … Par l’art, le monde rĂ©ifiĂ© redevient le monde humain, le monde des rĂ©alitĂ©s vivantes, le monde de la communication et de la participation ». (Discours sur l’art africain, avril 1966).
Nous pourrions le paraphraser en disant que l’homme a besoin de s’enraciner dans la connaissance de son passĂ© pour survivre et que les traces de ce passĂ© se lisent dans le patrimoine, dans les patrimoines d’un peuple.
Il est donc nécessaire de définir les notions qui nous occupent, le patrimoine et la politique patrimoniale, et cela de façon la plus précise possible.
Le patrimoine est un Ensemble d’Ă©lĂ©ments matĂ©riels et immatĂ©riels d’ordre culturel, chargĂ©s de significations multiples, Ă dimension collective et transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Depuis 2002, est apparue la notion de Patrimoine immatĂ©riel comme l’ensemble des manifestations culturelles, traditionnelles et populaires, Ă savoir les crĂ©ations collectives, Ă©manant d’une communautĂ©, fondĂ©es sur la tradition (Unesco).
Le patrimoine appartient au peuple. Il est un héritage que nous recevons de nos aînés et que nous devons transmettre à nos enfants.
Il est un « moyen de reconnaître, de défendre et de faire fructifier un ou des héritages communs » (J. Le Goff, 1998) et il ne peut être conçu comme un outil doté de la possibilité de faire accéder, comme par un tour de magie, à la transcendance et à la vérité du passé.
Ce que nous considĂ©rons comme « patrimoine » est la rĂ©sultante d’une action patrimoniale. Cette action exprime une conception du passĂ© comme Ă©tant « ce dont le prĂ©sent a besoin pour se lĂ©gitimer, se crĂ©er lui-mĂŞme. » (Preziosi, 2004)
Ainsi, la sĂ©lection patrimoniale, quand elle s’exerce de façon volontariste et autoritaire, relève toujours d’une rĂ©-Ă©criture de l’histoire qui sert l’actualitĂ© et les projets de ceux qui la conçoivent au prĂ©sent. Seuls les gouvernements des pays totalitaires effacent de manière arbitraire les traces du passĂ© qu’ils considèrent comme « politiquement incorrect »
Le cas du lycĂ©e SchĹ“lcher est un cas symptomatique de cette volontĂ© de rĂ©-Ă©criture du passĂ© ou plutĂ´t d’effacement d’un certain passĂ©.
Le deuxième point Ă considĂ©rer est celui de l’existence d’une identitĂ© patrimoniale.
Le patrimoine n’est pas un objet inerte, il n’est pas mort. Bien au contraire, il est vivant et en dialogue constant avec les citoyens. Le patrimoine est parlant.Il construit du sens et entre en rĂ©sonnance avec leur perception du passĂ© et leur projet d’avenir.
Avec le patrimoine, ” nous sommes, nous nous mouvons, nous vivons dans l’Ĺ“uvre de l’homme ” dĂ©clarait Paul ValĂ©ry.
L’entrĂ©e par le patrimoine permet le contact le plus immĂ©diat des citoyens avec l’art, avec l’histoire, et avec la crĂ©ation.C’est le lieu de notre identitĂ© par le ciment et les liens de culture qu’il entretient avec les citoyens et le peuple. Le patrimoine est l’illustration la plus visible et la plus durable de cette revendication identitaire. Il existe une identitĂ© patrimoniale comme il existe une identitĂ© linguistique ou plus largement culturelle.
Ainsi, la politique du patrimoine, ce n’est pas la conservation des vieux papiers et des cartes jaunies, ce n’est pas la rĂ©alisation d’expositions sur les traces d’un passĂ© qui ne pose plus problème Ă la sociĂ©tĂ©.
Ce n’est pas la simple conservation des vieilles pierres pour se faire plaisir. Le patrimoine Ă conserver ne concerne pas seulement les vieilles « maisons remarquables » des siècles passĂ©s ou les vieilles Ă©glises, les vieilles habitations oĂą l’esclavage est pudiquement effacĂ©, les musĂ©es (oĂą le discours est parfois scientiste et opère du dĂ©ni et de l’invisibilitĂ© de la vie rĂ©elle des hommes, ce qui ne permet pas de comprendre comment se perpĂ©tuent les structures mentales du passĂ© dans les actions d’aujourd’hui).
Il est éminemment politique au sens où il participe de la construction de la vie dans la cité et où il répond aux besoins existentiels des citoyens. Il touche à tout ce qui concerne la création humaine.
La politique du patrimoine est en résonnance avec une politique de :
- développement harmonieux des sociétés
- de dĂ©veloppement Ă©conomique en termes d’emplois et d’activitĂ©s, par les liens qu’il entretient avec l’industrie touristique et le dĂ©veloppement du territoire.
- de cohĂ©sion sociale et de renforcement des liens Ă l’Ă©chelle d’un quartier, d’une ville, d’un pays
- de valorisation culturelle et identitaire
L’engouement du public pour le patrimoine, et notamment le patrimoine de proximitĂ©, a conduit Ă la multiplication d’actions de valorisation menĂ©es par les agents du patrimoine, touchant Ă l’animation des monuments, Ă la mĂ©diation pĂ©dagogique, Ă la promotion et Ă la diffusion des connaissances sur le sujet.
Cette politique est particulièrement significative notamment au moment oĂą la Ville de Fort-de-France candidate pour le label « Ville d’Art et d’Histoire »,
Par ailleurs, la définition des patrimoines est extensible et on assiste à une véritable patrimonialisation des vecteurs culturels et identitaires : langues, arts de vivre et bâtir, expressions culturelles, objets du quotidien, etc.
La politique patrimoine ne relève donc pas d’une conception passĂ©iste, tournĂ©e vers le ressassement d’un âge d’or perdu. Il constitue la fondation pour un avenir fortifiĂ©.
Cette politique s’articule donc autour d’une conception et d’une interprĂ©tation de l’histoire d’un peuple et d’un pays. Elle interroge le sens du projet de sociĂ©tĂ© Ă travers les choix qui sont opĂ©rĂ©s, les politiques Ă©ducatives et par lĂ mĂŞme les objectifs de conservation, de restauration et de valorisation.
Dans un pays qui se targue de faire du « devoir de mĂ©moire » l’Alpha et l’Omega de sa politique de dĂ©veloppement, il est symptomatique qu’une partie de son passĂ© soit raturĂ©e de manière aussi violente et si peu concertĂ©e. C’est bien l’expression d’une manipulation techniciste d’une partie de la mĂ©moire et de l’histoire.
(Cf. Journaux TV de 19h oĂą se tĂ©lescopaient les images de la destruction du bâtiment G du lycĂ©e et celles des jeunes femmes s’exhibant sur les bateaux suiveurs de la course des yoles : pendant qu’on s’amuse et on danse, on efface nos repères et notre histoire.
On peut donc se poser la question suivante : la destruction du lycĂ©e relève-t-elle seulement d’arguments techniques et financiers ? Un peuple se contente-t-il seulement de nourritures matĂ©rielles ?
La réalité est tout autre :
Dans le cas qui nous occupe, la symbolique est très forte : le lycĂ©e SchĹ“lcher n’est pas un simple, un banal bâtiment de bĂ©ton dĂ©clarĂ© pourri et un amas de vieilleries prĂŞtes Ă s’Ă©crouler
Il possède, c’est indĂ©niable, une qualitĂ© architecturale reconnue : celle du label « patrimoine du XXe siècle » connu aussi sous la dĂ©nomination architecture moderniste .
Selon le rapport de la DRAC pour le label « Patrimoine du XXe siècle » :« C’est un Ă©difice classique dans sa composition : très ordonnancĂ©, respectant la symĂ©trie.
Dominant la baie de Fort-de-France, il est implantĂ© sur les pentes de Bellevue, face Ă la mer. Dans une composition savante mais toujours lisible, il Ă©grène ses très nombreux bâtiments et ses circulations complexes. Elles constituent un lacis de passerelles et d’escaliers qui participe fortement au style organique de l’ensemble.
L’utilisation du bĂ©ton et la puretĂ© des formes sont des caractĂ©ristiques de la modernitĂ©. Le vocabulaire architectural moderne joue avec des formes gĂ©omĂ©triques Ă©lĂ©mentaires particulièrement dans les bâtiments entourant l’entrĂ©e : angles, courbes, grandes horizontales et fins voiles de bĂ©ton. Une très Ă©lĂ©gante horloge en forme de clocheton, typiquement art dĂ©co est l’un des rares dĂ©tails « dĂ©coratifs » de l’Ă©difice. L’ensemble possède des qualitĂ©s thermiques (le lycĂ©e est apprĂ©ciĂ© pour sa ventilation) et parasismiques. C’est un ensemble unique de par son homogĂ©nĂ©itĂ© architecturale. »
Mais il est aussi et surtout le symbole d’un projet de sociĂ©tĂ© fondĂ© sur l’exigence dĂ©mocratique et mĂ©ritocratique. En effet, l’histoire de ce pays ne s’arrĂŞte pas en 1848. La sortie de la sociĂ©tĂ© esclavagiste fut pour les hommes de gauche et d’extrĂŞme gauche de l’Ă©poque l’occasion, de poser les jalons d’une utopie refondatrice qui a fait consensus : celle de la formation des hommes, celle de la construction d’une conscience politique et d’une Ă©ducation Ă la dignitĂ© des hommes et des femmes de ce pays Ă travers un enseignement public et laĂŻque.
La crĂ©ation du lycĂ©e en 1880 Ă Saint-Pierre puis sa dĂ©localisation Ă Fort-de-France est l’aboutissement de ce combat.
La dĂ©nomination, LycĂ©e Victor SchĹ“lcher, fut la revendication de ces hommes, rĂ©publicains de gauche, qui rendait hommage Ă l’abolitionniste certes mais aussi Ă l’artisan du dĂ©cret de 1848 sur l’Ă©ducation publique pour tous les enfants, quelques soient leur origine sociale et la couleur de leur peau ou leur degrĂ© de lĂ©gitimitĂ©. Le gouvernement français accĂ©da Ă leur demande en 1902.
Ces hommes n’Ă©taient pas des infĂ©odĂ©s Ă la France, Ă la Mère-Patrie. Ils rĂ©clamaient leurs droits de citoyens.
Il est enfin le lieu de la formation, de l’Ă©ducation de milliers de jeunes Martiniquais et Martiniquaises, ceux et celles qui ont formĂ© cette Ă©lite dĂ©mocratique qui encadrent le pays aujourd’hui. (cf. le film extraordinaire d’Euzhan Palcy, « La rue Case-Nègres »).
Il est le symbole d’une certaine fiertĂ© martiniquaise, d’une forme de culture qui nous a hissĂ© au rang des peuples conquĂ©rants, d’une rĂ©ussite pour tenter de sortir de la fatalitĂ© de la malĂ©diction et de la dĂ©rĂ©liction.
Pour comprendre tout cela, il faut rappeler brièvement qui est Victor Schœlcher :
Victor SchĹ“lcher est un rĂ©volutionnaire de 1848, un rĂ©publicain radical, ce qui veut dire qu’il se situe sur l’extrĂŞme gauche de l’Ă©chiquier politique de l’Ă©poque.
C’est un homme qui n’avait rien Ă gagner dans le combat abolitionniste. Fils d’industriel alsacien, sa carrière Ă©tait toute faite. C’est d’ailleurs Ă l’occasion de voyages d’affaires qu’il dĂ©couvre la rĂ©alitĂ© des esclavages dans les CaraĂŻbes.
C’est donc Ă partir de son expĂ©rience vĂ©ritable qu’il prend conscience de ce qu’il qualifie de « crime de lèse humanitĂ© » et de « violation flagrante du dogme rĂ©publicain ». Son combat abolitionniste va Ă©voluer vers l’abolitionnisme radical, ce qui va Ă l’encontre des idĂ©es reçues de l’Ă©poque qui voulait que l’abolition soit progressive pour habituer les esclaves Ă la libertĂ©. Ce fut le cas de l’abolition Ă l’anglaise.
Mais plus que cela encore, Victor SchĹ“lcher va opter pour une abolition couplĂ©e Ă l’octroi de la citoyennetĂ©. C’est le seul cas d’abolition de l’esclavage oĂą les anciens esclaves deviennent simultanĂ©ment libres et citoyens (les hommes seulement Ă©videmment) participant au suffrage universel dès les premières Ă©lections lĂ©gislatives.
C’est une originalitĂ© des colonies françaises. Elle est due exclusivement Ă la volontĂ© farouche de Victor SchĹ“lcher qui a pesĂ© de tout son poids dans la dĂ©cision. Ce choix est liĂ© Ă son profond humanisme et Ă sa foi en la culture du progrès et des idĂ©aux de la DĂ©claration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.
Enfin, il a tenu Ă associer au dĂ©cret d’abolition une sĂ©rie de dĂ©crets dont celui sur l’Ă©cole qui prĂ©voyait pour les colonies une Ă©ducation gratuite pour tous. C’est donc un homme qui ne transigeait pas avec les idĂ©aux et les principes, dont la carrière politique fut difficile, qui doit partir en exil après le coup d’Etat de Louis-NapolĂ©on Bonaparte en 1851, alors que d’autres abolitionnistes pactisaient avec l’ennemi et les conservateurs de droite.
Quand la RĂ©publique est rĂ©tablie en France, il devient SĂ©nateur de la Martinique en charge de la commission de l’Ă©ducation et un des relais des rĂ©publicains martiniquais dans la capitale.
C’est ce courage politique, cette luciditĂ© et cette constance dans l’action que les rĂ©publicains et les socialistes martiniquais ont voulu saluer quand ils ont demandĂ© en 1901 que le lycĂ©e soit dĂ©nommĂ© « LycĂ©e SchĹ“lcher ».
C’est ce que rappelle AimĂ© CĂ©saire dans sa lettre de demande de classement de cet Ă©difice datĂ©e du 10 octobre 2007.
“Le lycĂ©e porte le tĂ©moignage d’une Ă©poque incontournable de notre patrimoine martiniquais. C’est en outre, dans ce lycĂ©e qu’un grand nombre de Martiniquais de renom ont fait leurs Ă©tudes. C’est que nous Martiniquais n’entendons pas oublier que dans la lutte pour notre libĂ©ration physique, il y a eu, ce Grand dĂ©mocrate, ce Grand rĂ©publicain, cet Humaniste, Victor SCHĹ’LCHER qui avec courage et dĂ©termination a dĂ©fendu jusqu’au bout la cause Anti-esclavagiste. Le lycĂ©e SchĹ“lcher est devenu un monument HISTORIQUE que nous devons garder Ă tout prix, vĂ©ritable document historique. Le lycĂ©e SCHĹ’LCHER c’est l’affirmation d’une fidĂ©litĂ© et l’affirmation d’une doctrine.”
Alors de quoi avons-nous peur ? Que redoutons-nous derrière le symbole du lycĂ©e ? Ă quoi nous renvoie-t-il ? Victor SchĹ“lcher nous gĂŞne-t-il encore Ă ce point ? Ou est-ce la notion d’Ă©lite ou une certaine culture Foyalaise que nous rejetons ?
Il nous faut dĂ©battre de ces questions sereinement. Car le problème est de savoir quelles sont les Ĺ“uvres du passĂ© qui rempliront cette mission ? Doit-on les sĂ©lectionner de manière arbitraire ? Ou relèvent-ils d’un consensus ?
Peut-on restituer et dĂ©senclaver la mĂ©moire en proposant le discours hygiĂ©niste et sĂ©curitaire de la technique et de la seule sĂ©curitĂ© ? Quid du spirituel et du symbolisme ? Quid des techniques qui aujourd’hui permettent de rĂ©parer et d’adapter les monuments du passĂ© ? Faut-il dĂ©truire tous les Ă©difices publics qui ne sont pas aux normes actuelles, parasismiques et qui reçoivent du public tous les jours et en masse (les lieux de culte, les bibliothèques, etc.) ? (cf. lettre d’AndrĂ© Constant dans le FA)
Dans tous les pays de la Caraïbe, même dans ceux qui ont voulu regarder le monde après une révolution, il y a eu une volonté de préserver le patrimoine que certains se plaisent à qualifier de « colonial » même si par ailleurs on vante les charmes des maisons coloniales auprès de nos touristes.
Ce patrimoine est devenu aujourd’hui un enjeu Ă©conomique et mondial : le vieux centre de la capitale cubaine, la Havane, le vieux San Juan Ă Puerto-Rico, pour ne citer que ceux-lĂ . MĂŞme dans le pays de la rĂ©volution prolĂ©tarienne, LĂ©ningrad est redevenue Saint-Petersbourg et a retrouvĂ© les fastes de son patrimoine religieux et impĂ©rial.
La politique du patrimoine ne peut donc se concevoir sans les outils législatifs liés à sa protection.
- Ainsi comment articuler politique patrimoniale et développement urbain ?
- Que doit-on conserver, classer, restaurer, préserver, valoriser ?
- Qu’est-ce qui relève de notre identitĂ© patrimoniale ?
- Quelle conception devons-nous privilégier ici dans nos pays de la Caraïbe, pays où le rapport au passé ne se décline pas de la même manière que dans la vieille Europe ?
Peut-on visiter une rue « case-nègres » comme on visite les douves d’un château du Moyen Age ? Peut-on en faire des lieux touristiques, des chambres d’hĂ´tel, sans une rĂ©flexion Ă©thique ?
Ces questions sont au cĹ“ur de la nĂ©cessaire rĂ©flexion que nous devons avoir, dans un dĂ©bat dĂ©mocratique et approfondi. L’art, la culture, l’architecture et le patrimoine participent de la construction et de la vie de la sociĂ©tĂ©.
Ils expriment une vision du monde, la place de l’homme dans le projet de sociĂ©tĂ© et dans le monde que nous souhaitons construire.
Ils sont au cĹ“ur d’une articulation au temps et Ă l’espace, au cĹ“ur de la communautĂ© d’Ă©motion qui unit les membres d’un mĂŞme groupe humain. Ils sont le tĂ©moignage d’un passĂ© commun et une projection vers l’avenir.
Une politique du patrimoine, comme toute politique culturelle, doit prendre en compte l’hĂ©ritage du passĂ© et la perspective de l’avenir et de la crĂ©ation.
La sauvegarde du patrimoine s’articule autour de plusieurs axes complĂ©mentaires :
- dresser rapidement un état sanitaire du peu de monuments classés et inscrits et surtout à faire classer.
- effectuer un bilan des régimes juridiques de protection adaptés à nos régions.
- réfléchir aux procédures les plus adaptées à la protection des nouveaux patrimoines.
- intensifier les discussions avec les autres collectivitĂ©s publiques pour amĂ©liorer la rĂ©partition des rĂ´les en matière d’entretien et de gestion des monuments.
- envisager le régime du mécénat et développer les possibilités de partenariats public/privé.
La politique du patrimoine, c’est aussi le soin apportĂ© Ă l’Ă©gard des constructions futures.Il existe aujourd’hui des outils lĂ©gislatifs qui permettent de dĂ©finir cette politique.
Ils facilitent la mise en valeur et la protection du patrimoine avec notamment la crĂ©ation d’un pĂ©rimètre de servitude (les abords) autour des Ă©difices protĂ©gĂ©s (loi de 1943), l’instauration de secteurs sauvegardĂ©s autour du patrimoine bâti dès 1962, et en 1983, la crĂ©ation de zones de protection du patrimoine architectural et urbain (ZPPAU) et leur extension aux sites naturels et paysages en 1993 (ZPPAUP).
Le PLU est un outil fondamental qui nous donne les moyens de prévenir les risques de démantèlement des patrimoines architecturaux urbains.
Permettez-moi, Monsieur le DĂ©putĂ© Maire, de m’interroger sur les limites actuelles de ces outils, en Martinique, quant Ă la dĂ©limitation d’une part du pĂ©rimètre ZPPAUP et d’autre part sur la notion mĂŞme de patrimoine Ă sauvegarder. Il faut de l’audace et de l’ambition pour une Ville-Capitale, dotĂ©e d’un des plus riches patrimoines des villes de la CaraĂŻbe.
Je propose la crĂ©ation d’un label pour la Ville de Fort-de-France : © Patrimoine de Fort-de-France, une promesse d’avenir.
Paul Valery dĂ©clarait dans Eupalinos : ” Dis-moi, puisque tu es si sensible aux effets de l’architecture, n’as-tu pas observĂ©, en te promenant dans cette ville, que d’entre les Ă©difices dont elle est peuplĂ©e, les uns sont morts, les autres parlent, et d’autres enfin, qui sont les plus rares, chantent ? “
C’est ce qu’AimĂ© CĂ©saire exprimait avec force et dĂ©termination quand il disait dans sa lettre que le LycĂ©e SchĹ“lcher Ă©tait devenu un monument HISTORIQUE.




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