Préserver le Lycée Schoelcher

20 août 2008

Serge Letchimy propose une alternative respectueuse du patrimoine et de l’esprit des lieux, en garantissant la sécurité des élèves.

Inauguré en 1937 l’actuel Lycée Schœlcher est une composante fondamentale du patrimoine de la Martinique.
Chef-d’œuvre architectural qui dépasse la Martinique, lieu de la formation de la conscience Martiniquaise où nos « Maitres » nous ont enseigné les multiples possibles de l’Homme pour construire un projet de société au fondement de l’instruction et sortir plus fort de la longue nuit de l’esclavage. L’école publique devient ainsi le lieu fondateur et la matrice de cette renaissance qui recueillait l’assentiment de la population et le consensus des politiques progressistes. A la Martinique le Lycée Schœlcher renferme toutes ces valeurs symboliques de l’école publique et démocratique.

Ce grand ensemble architectural moderniste martiniquais, (1937), qui porte le nom d’un des plus illustres abolitionnistes français Victor Schœlcher à la demande expresse des républicains radicaux martiniquais, où a enseigné Aimé Césaire, et réalisé par des entreprises martiniquaises a acquis une valeur symbolique forte. Elle s’identifie parfaitement avec l’image de la ville, elle fait partie de son patrimoine paysager comme d’autres monuments le sont dans d’autres villes du monde, le « Corcovado » de Rio de Janeiro, le « Malecon » pour La Havane pour ne citer que ceux-là.

Tous ces monuments ont en commun un point essentiel : ils possèdent les caractéristiques de ce qui est représentatif d’un mode de vie distinctif ou d’une époque particulière, inscrite dans la mémoire de témoins encore vivants : Une valeur patrimoniale, c’est-à-dire l’importance esthétique, historique, scientifique, éducative, culturelle, sociale et spirituelle d’un lieu pour les générations passées, présentes et futures.

Le lycée Schœlcher fait partie du patrimoine architectural, paysager, et symbolique de la Martinique. A ce titre, il est impératif de le préserver et de le sauvegarder.
Dans toute la Caraïbe, la protection du patrimoine fait partie des objectifs politiques des gouvernements et participe de la construction du sentiment d’appartenance des peuples à un même ensemble culturel et identitaire. Le patrimoine est vivant et ne saurait se concevoir comme la résurgence d’un passé à abolir ou à effacer. Il est le gage de la construction d’un avenir fortifié.
Même les pays et les villes qui ont connu les révolutions majeures du XXe siècle, ont préservé leur patrimoine historique. Cuba en est l’exemple emblématique dans notre espace caribéen et la ville de Saint-Pétersbourg en Russie, ex-URSS, un autre exemple particulièrement éloquent de cette politique.

La politique de protection du patrimoine joue un rôle important dans l’affectation des espaces urbains et naturels en réponse aux besoins des Hommes.
C’est en ce sens que le 12 septembre 2007 la ville de Fort-de-France a délivré un permis de démolir sous réserve, qui ne concerne que le bâtiment G du Lycée Schœlcher dont l’état de dégradation avancé n’offrait pas d’autre solution.

Partie prenante de cette impérieuse nécessité de préserver le patrimoine Martiniquais, la ville de Fort de France s’inscrit dans une démarche de restauration du lycée Schœlcher et sera favorable à toutes initiatives en ce sens.

Permettez-moi de rappeler ici la demande du Député Maire honoraire de la ville, Aimé Césaire, adressée le 10 octobre 2007 à Mme la Ministre de la Culture, demandant le classement en urgence du Lycée Schœlcher comme monument historique. J’apporte mon soutien total à cette démarche.

C’est pour cela que je demande à mes services de prendre toutes dispositions afin que dans les meilleurs délais soit entamée une concertation la plus large, pour que le Lycée Schœlcher, symbole de la formation de la conscience Martiniquaise, puisse être préservé.



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