Daniel Compère : Guadeloupe Martinique une crise sans précédent

EN GUADELOUPE ET MARTINIQUE, UNE CRISE SANS PRECEDENT !

Le mardi 10 février en milieu de journée à Paris, le Premier Ministre François FILLON faisait une déclaration solennelle visant à débloquer la situation dans nos deux pays ; il y annonçait une baisse des prix des carburants (en attendant les résultats de la mission d’inspection sur la formation des prix de l’essence- très opaques !- attendus fin février) ; la mise en œuvre anticipée du Revenu de Solidarité Active pour les populations les plus fragiles (dès 2009 et non 2010 comme en France) ; une diminution des prix d’une centaine de produits de première nécessité. Mais une fin de non recevoir sur une augmentation de 200 ou 300 euros des bas salaires (négociation renvoyée aux partenaires sociaux). Et le Secrétaire d’Etat Yves JEGO annonçait son retour aux Antilles (Guadeloupe ET Martinique) pour le soir même, accompagné de deux médiateurs. Signe que le gouvernement avait bien pris la mesure de l’ampleur de la crise et du fort risque de « contagion » à l’ensemble de l’ « outre-mer ». Le 14, le « Collectif du 5 février » décidait de desserrer un peu l’étreinte en permettant de ravitailler certaines stations d’essence ; mais, le temps de livrer du carburant, les stations étaient mises à sec ! Et les petites boutiques avaient du mal à contenter une clientèle craignant la famine…

UN RAS –LE-BOL LEGITIME

Dans l’opinion, même chez ceux, nombreux, qui approuvaient le mouvement malgré les désagréments qui en résultaient, la rumeur courait que les organisations syndicales martiniquaises faisaient du suivisme par rapport à leurs homologues de Guadeloupe. Rien n’est plus faux ! D’abord, les mêmes causes produisant les mêmes effets (en tenant compte des différences de situation des prix entre les deux îles), la révolte grondait déjà et n’attendait qu’une organisation coordonnatrice pour se déclencher vraiment. Ensuite, depuis plusieurs semaines, l’intersyndicale multipliait les réunions de travail et d’information pour construire un vaste rassemblement d’organisations en vue d’un puissant mouvement d’ensemble sur le pouvoir d’achat et les conditions de vie de la plus grande partie de la population.

C’est pourquoi notre Parti, le PPM, se retrouve tout naturellement aux côtés des travailleurs-consommateurs et mobilise ses militants. Notre Président d’honneur Aimé CESAIRE me répondait en substance il y a une trentaine d’années –alors que je me plaignais que le PPM ne fût pas plus présent sur le front social – : « Le PPM, c’est le Parti Progressiste Martiniquais ; nous aurions aussi bien pu l’appeler Parti du Peuple Martiniquais, tant il en reflète les qualités et les défauts … ». Les vicissitudes et les difficultés du peuple traversent en effet nos balisiers et nos congrès ; nos militants sont DU peuple et DANS le peuple.

UNE VIE QUOTIDIENNE TROP CHERE !

On l’aura remarqué : la protestation actuelle ne vise pas les intérêts « corporatistes » (comme aiment à dire les détracteurs) de telle ou telle catégorie socioprofessionnelle ! Toutes les énergies sont tendues vers un même objectif : la lutte contre la vie chère, ou-dit autrement- la défense du pouvoir d’achat et de l’emploi. De là cette focalisation sur les prix des denrées alimentaires dans les grandes surfaces (qui ne sont pas toutes tenues par des Békés !). De là cette volonté de démonter tous les mécanismes de formation des coûts et des prix (taxes, fret, marges, profits…) mais encore la nécessité de mettre à plat tous les autres facteurs de vie chère (transports aériens et terrestres, produits pétroliers, intrants pour la production agricole, prix des logements et des terrains…)

EVITER A TOUT PRIX LES DEBORDEMENTS

Une mobilisation de cette ampleur (plusieurs milliers de manifestants chaque jour), jamais vue depuis les funestes évènements de Février 1974, suppose une organisation sans faille et une bonne coordination des déplacements et occupations de sites. Faute de quoi, on trouvera toujours des « débouya pa péché » pour remplir des chariots sans payer, ne pas respecter les véhicules prioritaires aux stations-service, siphonner ou crever les bacs à essence des véhicules, bousculer des clients, agresser verbalement et parfois physiquement des commerçants. De quoi s’aliéner une partie de la population, à ce jour meilleur soutien de ce grand combat. Et mettre en péril la frange la plus fragile du peuple : les allocataires des minima sociaux, les personnes âgées dépendantes ou non désireux de toucher leur petit mandat ou leur modeste retraite.

Daniel COMPERE

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