Castoriadis : Stopper la montée de l’insignifiance
1 mars 2009Ce qui caractérise le monde contemporain ce sont, bien sûr, les crises, les contradictions, les oppositions, les fractures, mais ce qui me frappe surtout, c’est l’insignifiance. Prenons la querelle entre la droite et la gauche. Elle a perdu son sens. Les uns et les autres disent la même chose. Depuis 1983, les socialistes français ont fait une politique, puis M. Balladur a fait la même politique ; les socialistes sont revenus, ils ont fait, avec Pierre Bérégovoy, la même politique ; M. Balladur est revenu, il a fait la même politique ; M. Chirac a gagné l’élection de 1995 en disant : « Je vais faire autre chose » et il a fait la même politique.
Les responsables politiques sont impuissants. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est suivre le courant, c’est-à -dire appliquer la politique ultralibérale à la mode. Les socialistes n’ont pas fait autre chose, une fois revenus au pouvoir. Ce ne sont pas des politiques, mais des politiciens au sens de micropoliticiens. Des gens qui chassent les suffrages par n’importe quel moyen. Ils n’ont aucun programme. Leur but est de rester au pouvoir ou de revenir au pouvoir, et pour cela ils sont capables de tout.
Il y a un lien intrinsèque entre cette espèce de nullité de la politique, ce devenir nul de la politique et cette insignifiance dans les autres domaines, dans les arts, dans la philosophie ou dans la littérature. C’est cela l’esprit du temps. Tout conspire à étendre l’insignifiance.
La politique est un métier bizarre. Parce qu’elle présuppose deux capacités qui n’ont aucun rapport intrinsèque. La première, c’est d’accéder au pouvoir. Si on n’accède pas au pouvoir, on peut avoir les meilleures idées du monde, cela ne sert à rien ; ce qui implique donc un art de l’accession au pouvoir. La seconde capacité, c’est, une fois qu’on est au pouvoir, de savoir gouverner.
Rien ne garantit que quelqu’un qui sache gouverner sache pour autant accéder au pouvoir. Dans la monarchie absolue, pour accéder au pouvoir il fallait flatter le roi, être dans les bonnes grâces de Mme de Pompadour. Aujourd’hui dans notre « pseudo- démocratie », accéder au pouvoir signifie être télégénique, flairer l’opinion publique.
Je dis « pseudo-démocratie » parce que j’ai toujours pensé que la démocratie dite représentative n’est pas une vraie démocratie. Jean-Jacques Rousseau le disait déjà : les Anglais croient qu’ils sont libres parce qu’ils élisent des représentants tous les cinq ans, mais ils sont libres un jour pendant cinq ans, le jour de l’élection, c’est tout. Non pas que l’élection soit pipée, non pas qu’on triche dans les urnes. Elle est pipée parce que les options sont définies d’avance. Personne n’a demandé au peuple sur quoi il veut voter. On lui dit : « Votez pour ou contre Maastricht ». Mais qui a fait Maastricht ? Ce n’est pas le peuple qui a élaboré ce traité.
Il y a la merveilleuse phrase d’Aristote : « Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné. » Il y a des millions de citoyens en France. Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à le leur désapprendre, à les convaincre qu’il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre ou à voter pour des options que d’autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat, c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques.
Dans les sociétés modernes, depuis les révolutions américaine (1776) et française (1789) jusqu’à la seconde guerre mondiale (1945) environ, il y avait un conflit social et politique vivant. Les gens s’opposaient, manifestaient pour des causes politiques. Les ouvriers faisaient grève, et pas toujours pour de petits intérêts corporatistes. Il y avait de grandes questions qui concernaient tous les salariés. Ces luttes ont marqué ces deux derniers siècles.
On observe un recul de l’activité des gens. C’est un cercle vicieux. Plus les gens se retirent de l’activité, plus quelques bureaucrates, politiciens, soi-disant responsables, prennent le pas. Ils ont une bonne justification : « Je prends l’initiative parce que les gens ne font rien. » Et plus ils dominent, plus les gens se disent : « C’est pas la peine de s’en mêler, il y en a assez qui s’en occupent, et puis, de toute façon, on n’y peut rien. »
La seconde raison, liée à la première, c’est la dissolution des grandes idéologies politiques, soit révolutionnaires, soit réformistes, qui voulaient vraiment changer des choses dans la société. Pour mille et une raisons, ces idéologies ont été déconsidérées, ont cessé de correspondre aux aspirations, à la situation de la société, à l’expérience historique. Il y a eu cet énorme événement qu’est l’effondrement de l’URSS en 1991 et du communisme. Une seule personne, parmi les politiciens - pour ne pas dire les politicards - de gauche, a-t-elle vraiment réfléchi sur ce qui s’est passé ? Pourquoi cela s’est- il passé et qui en a, comme on dit bêtement, tiré des leçons ? Alors qu’une évolution de ce type, d’abord dans sa première phase - l’accession à la monstruosité, le totalitarisme, le Goulag, etc. - et ensuite dans l’effondrement, méritait une réflexion très approfondie et une conclusion sur ce qu’un mouvement qui veut changer la société peut faire, doit faire, ne doit pas faire, ne peut pas faire. Rien !
Et que font beaucoup d’intellectuels ? Ils ont ressorti le libéralisme pur et dur du début du XIXe siècle, qu’on avait combattu pendant cent cinquante ans, et qui aurait conduit la société à la catastrophe. Parce que, finalement, le vieux Marx n’avait pas entièrement tort. Si le capitalisme avait été laissé à lui-même, il se serait effondré cent fois. Il y aurait eu une crise de surproduction tous les ans. Pourquoi ne s’est-il pas effondré ? Parce que les travailleurs ont lutté, ont imposé des augmentations de salaire, ont créé d’énormes marchés de consommation interne. Ils ont imposé des réductions du temps de travail, ce qui a absorbé tout le chômage technologique. On s’étonne maintenant qu’il y ait du chômage. Mais depuis 1940 le temps de travail n’a pas diminué.
Les libéraux nous disent : « Il faut faire confiance au marché. » Mais les économistes académiques eux-mêmes ont réfuté cela dès les années 30. Ces économistes n’étaient pas des révolutionnaires, ni des marxistes ! Ils ont montré que tout ce que racontent les libéraux sur les vertus du marché, qui garantirait la meilleure allocation possible des ressources, la distribution des revenus la plus équitable, ce sont des aberrations ! Tout cela a été démontré. Mais il y a cette grande offensive économico- politique des couches gouvernantes et dominantes qu’on peut symboliser par les noms de M. Reagan et de Mme Thatcher, et même de François Mitterrand ! Il a dit : « Bon, vous avez assez rigolé. Maintenant, on va vous licencier », on va éliminer la « mauvaise graisse », comme avait dit M. Juppé ! « Et puis vous verrez que le marché, à la longue, vous garantit le bien-être. » A la longue. En attendant, il y a 12,5 % de chômage officiel en France !
Cornelius Castoriadis.
Propos recueillis par Daniel Mermet.
science* Philosophe, sociologue, historien, Cornelius Castoriadis fut aussi économiste et psychanalyste. « Un titan de la pensée, énorme, hors norme », a dit de lui Edgar Morin. Il est mort le 26 décembre 1997. Né en 1922 en Grèce, il s’installe à Paris en 1945, où il crée la revue Socialisme ou barbarie. En 1968, avec Edgar Morin et Claude Lefort, il publie Mai 68 : la brèche (Fayard, Paris). En 1975 paraît L’Institution imaginaire de la société (Seuil, Paris), sans doute son ouvrage le plus important. En 1978, il entreprend la série Les Carrefours du labyrinthe. C’est à la suite de la publication de La Montée de l’insignifiance (Seuil, Paris, 1996) qu’il accorda un entretien, en novembre 1996, à Daniel Mermet, producteur de l’émission « Là -bas si j’y suis » sur France-Inter, d’où est tiré ce texte.




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Gros Morne le 7.03.2009
Monsieur le Député - Maire,
Je viens de consulter votre site internet, dont je présume que les articles présentés ont reçu votre
approbation. Jai été particulièrement intéressé par l’article de M. Castoriadis, intitulé « stopper la
montée de l’insignifiance » Cette analyse est brillante et universelle. L’énergie que l’homme politique investi dans sa conquête du pouvoir et une fois parvenu, pour y rester, l’empêche de réaliser les idées pour lesquelles il a été élu. Il trahi ainsi ses électeurs et le désintérêt des sociétés
occidentales, pour ses hommes politiques vient de ses trahisons multiples.
La lutte des classes n’existe plus, on voyage tous en classe « ECO », certains restent debout, d’autres ont trouvé une place assise, le problème reste, que l’on ne sait pas vers qu’elle destination on se dirige, cela est très insécurisant. Que reste-t-il aux hommes politiques, qui devraient êtres les pilotes ? Rassurer les passagers en leur proposant des destinations possibles en fonction de carburant embarqué.
Monsieur Alexandre Alaric développe un argumentaire étoffé et complexe, un véritable discours
d’architectes (ce sont les spécialistes des discours abscons) Avec des termes tel que « autonomie sociale, offre biopolitique, symbolicité actualisée et localisée) je vous propose « l’analyse séquentielle et sémantique de l’expression biodégradable d’une négritude refoulée »
C’est « beau dans le paysage » et cela donne l’impression à celui qui l’entend, d’être intelligent.
Merci, Monsieur Alaric de parler « vrai » au peuple martiniquais, vous faites vraiment avancer la situation. Si la religion était selon Marx « l’opium du peuple » la philosophie de M. Alaric est (le LSD du peuple martiniquais » J’ai compris que seule l’indépendance était la solution. Mais qu’en est-il de l’analyse économique de M. Alaric ? Pas un mot !!! La philosophie ne rentre pas en matière sur ce type de réflexion, cela serait inconvenant et trop « ras les pâquerettes »
La Martinique c’est : 400′000 habitants 2.5 milliards d’imports (chiffre 2005) 489 millions d’export
Déficit de la balance commerciale 5′156 Euro/habitant
Voilà , la réalité économique que personne ne veut voir et expliquer. Les « békés » sont accusés de tous les maux. La Martinique a trouvé « ses Juifs » qui sera leur « Hitler » Domota est dans les startins blocks en Guadeloupe !!! Vous devez, Messieurs les élus, reprendre la situation en main, et pour cela, il faut les sortir des poches. Vous ne devez pas laisser le LKP continuer à semer l’insurrection, vous avez laissé ouvrir, par votre inaction, le couvercle de « la boîte de Pandore ».
Il faudra avoir les moyens de la refermer !!! Seul, un engagement et un programme sérieux de votre part ( les élus de toutes formations) le permettra. Il y a le feu dans la « maison Martinique »et je ne vois pas de pompiers sérieux sur le sinistre !!!
Le destin de la Martinique doit rester dans les mains de ses élus, les syndicalistes ne maitrisent pas les données économiques. Cette maitrise aurait permis de mettre en place des revendications légitimes, correspondant à des analyses dénonçant les abus. A cela, ils produisent une liste « à la Prévert » revendiquant tout et n’importe quoi du style « demain on rase gratis ».
Bloquer 400’000 personnes, durant 5 semaines, laisser pourrir 10’000 tonnes de marchandise sur le port est criminel et stupide.
C’est l’image de ce comité qui suicide la frêle économie de la Martinique. Et ces gens là n’ont rien à perdre, vu, qu’ils sont fonctionnaires !!! Et vous les élus, vous laisser faire sans broncher !
A quoi servez-vous ? Avez-vous le sommeil profond ? Quand pensez-vous, vous réveiller ?
La Martinique va rejoindre Haïti « la perle des Antilles ».Cela en fera une de plus au collier.
Comment un politique cultivé et universitaire tel que vous, peut s’engager pour l’indépendance ? Vous avez fait vos études en France couronné par licence en Géographie et un master en Urbanisme. Est-ce un choix délibéré pour remporter les élections ?
Un homme politique non indépendantiste a-t-il une chance de se faire élire en Martinique ?
Monsieur le Député - Maire, vous voulez l’indépendance pour allez où ?
Pensez-vous que l’avenir de 117′000 jeunes de moins de 20 ans, est de rester sur leur île ? Futur Alcatraz sous le soleil !!! Seule, une éducation basée sur une formation professionnelle solide acquise dans les écoles et les entreprises (que la grève se charge de faire disparaître par centaines). La France reste la seule possibilité de se former aux études supérieures, et de pouvoir parvenir à l’indépendance financière par le fruit de son travail, et non pas par l’assistance et le chômage.
Je vous prie de recevoir, Monsieur le Député - Maire, mes salutations distinguées.
Pierre-Jean Fessler