Pour l’autonomie de la Martinique:l’indispensable troisième voie

GROUPE DES PROGRESSISTES ET DEMOCRATES

Motion pour un consensus global en vue d’un

processus d’accès à l’Autonomie

Congrès des élus du 18 juin 2009

Préambule

L’évolution institutionnelle souhaitée par les élus du congrès contient deux objectifs liés à une même ambition :
Donner aux martiniquais les moyens d’une maitrise de leur développement et de leur émancipation au travers un statut d’Autonomie au sein de la République Française.

Deux phases importantes sont prévues

• La création d’une collectivité unique.
• Le changement de régime politique (passant du statut d’identité législative (73) au statut de spécialité législative (74).

Nous, Parti historique de l’émancipation du peuple Martiniquais,

1°) -Nous considérons que ces deux articles de la constitution (73 et 74) sont, en termes de choix, la dernière question à se poser. La première étant celle du projet à partager et à porter, la seconde, celle de l’instauration de modalités démocratiques et de moyens propres à cette nouvelle institution …

2°) Nous considérons que l’article 73 et l’article 74 contiennent autant d’avantages que de défauts. Cependant l’article 74 ouvre une perspective d’autonomie qui présente hélas le lourd handicap de :

• remettre en cause le socle global de l’égalité citoyenne (acquis par nos ainés) ;

• de rendre impossible la gouvernance de ce pays par le caractère tronqué des responsabilités transférées

• de comporter une absence de transversalité entre les compétences transférées et les compétences assumées. A l’ère de l’écologie du développement les politiques ne peuvent se dispenser d’une gouvernance globale et transversale.

3°) Nous considérons que pour opérer un changement de statut, le peuple doit être parfaitement informé ; ce qui n’est pas le cas en l’espèce. Le processus est hâtif donc antidémocratique et tend à bafouer le principe universel du droit à l’autodétermination, lequel passe par l’information totale, la conscience claire et l’implication réfléchie de tous.

4°) Nous considérons qu’il est légitime de s’inquiéter du principe qui nous sera appliqué, à savoir : « on vote avant et on négocie après» ? Ce marché de dupes risque d’être fatal à la démocratie et à la saine évolution de ce pays. En effet, la loi organique qui définira les liens entre la Martinique et la France, est votée par le Parlement après le vote du peuple Martiniquais : nul ne peut donc présager du contenu ultime de cette loi avant le vote.

• On met le cabrouet avant les bœufs.

• On accorde une prime au slogan dévastateur du « chat en sac », voire du « Pitbull anba la bay».

5°) Nous considérons qu’il faudrait plutôt : d’abord négocier, et faire entériner la négociation par une loi qui précède le vote, et donc consulter la population sur ce double engagement : celui de l’Etat et celui du Législateur.

6°) Nous considérons que le danger serait d’accéder à une autonomie sans pouvoir, une autonomie de dépendance, une autonomie de convention essentiellement formelle. A titre d’exemple dans le 74, il n’y a aucune possibilité d’être habilité dans des domaines de compétences gérés par l’Etat (le social, le fiscal)…

Sérieusement ! Comment pourrait-on conduire une politique du développement sans interventions dans ces domaines ? C’est irréaliste, et cela notamment dans le domaine du logement, de l’habitat de l’écologie, de l’urbanisme, de la santé…

7°) Nous considérons que ce type d’autonomie présente l’inconvénient majeur d’une dépendance au bon vouloir d’un ministre ou d’un chef de service de l’Etat.

C’est pour cela que nous privilégions une autonomie constitutionnelle, celle qui garantira le droit à l’égalité (conquête ancienne) au droit à la différence, donc à l’initiative, donc à l’intelligence endogène, donc à l’autonomie (conquête moderne). Il s’agit de respecter le peuple Martiniquais dans sa trajectoire historique vers un monde complexe, un monde d’interdépendances, un monde aux multiples enjeux planétaires, qui donne un autre sens et une autre signification aux idées d’autonomie et d’indépendance.

8°) Nous considérons qu’aller vers un changement de statut dans la précipitation et dans l’aveuglement ne ferait que nous précipiter dans un syndrome de risque divers :

• Risque de remettre en cause la légitimité du processus d’émancipation de la LOOM

• Risque de dé-légitimations des élus locaux

• Risque d’être jugé de fossoyeur du combat légitime de Césaire pendant plus de 50 ans, celui du progrès dans l’autonomie et dans l’égalité

• Risque de discréditer définitivement toute démarche vers un régime d’émancipation dans ce pays.

• Risque d’un grave échec de la capacité de ce peuple à s’auto-autonomiser

9°) Nous considérons qu’il nous faut prendre le pari de la négociation préalable afin de respecter au mieux cette double aspiration du peuple.

• Egalité, oui !

• Autonomie, oui !

Et qu’il nous faut poursuivre la lutte pour faire comprendre à la France qu’elle ne peut user sans contrepartie décente d’une richesse géostratégique dans le monde (97% des surfaces maritimes françaises se trouvent dans ses Outre-mer, soit 11millions de km2), en continuant d’ignorer notre contribution à son développement et à son expansion, et l’amener à accepter l’idée que la première des attitudes mutuelles à déployer dans nos rapports est celle du respect ! Et qu’en conséquence, elle ne peut maintenir des statuts toxiques fondés sur le principe élémentaire de l’assimilation ou du largage.

10°) Nous considérons que pour gagner la bataille de l’accès à l’Autonomie, il nous faut deux conditions :

1. un consensus large et responsable qui jugule la peur.

2. un processus qui ne craint ni le temps, ni le peuple.

NOUS PROPOSONS

De faire bloc dans un consensus qui s’inscrit dans le temps, et qui se situe dans le cadre d’une démarche globale et d’un accord de peuple à peuple.

Un accord de peuple à peuple, non pas échoué dans un choix alternatif, 73 ou 74, mais transporté par un processus.

Un processus qui serait compatible avec les réalités politiques du moment et notre actuel niveau de conscience collective.

Ce processus comporterait deux étapes :

1. – Une consultation immédiate du peuple visant à la mise en place d’une collectivité unique disposant de compétences élargies au titre d’une expérimentation par habilitation pour six ans.

2. – Une seconde consultation, au bout de cette période de six ans, destinée au changement définitif de statut, sur la base des propositions concrètes que notre expérimentation nous aura permis d’élaborer.

Cette période de six ans sera une période d’expérimentation d’apprentissage et d’auto-institution des responsabilités nécessaires à une gouvernance globale, transversale et cohérente. Pendant cette période, notre réflexion active, éclairée par l’action, nous permettra une négociation profonde en vue du changement de statut, ce qui constituera une méthode imparable pour éviter tous les dangers et les incohérences d’une aventure mal préparée.

Ainsi, c’est en pleine connaissance de cause que le peuple se prononcera sur les modalités de son émergence au monde.

Eviter l’échec qu’entraînerait un choix binaire et précipité entre deux articles imparfaits.

Garantir la victoire de l’émancipation par la mise en place d’un sas d’expérimentation ouverte et de réflexion active.

Garantir au peuple une haute qualité démocratique basée sur un consensus très large autour de l’idée d’un PROCESSUS DE RESPONSABILISATION.

Enclencher sans attendre (mais sans risque) la responsabilité politique du développement au sein d’une République Unie

Tels sont les objectifs de cette volonté de consensus global !

LA CHANCE DE LA MARTINIQUE PASSE PAR LA REFLEXION, L’INITIATIVE, L’AUDACE ET LE TRAVAIL DES MARTINIQUAIS !

7 réflexions au sujet de « Pour l’autonomie de la Martinique:l’indispensable troisième voie »

  1. Bonjour,

    Tout est clair et net, en ce qui me concerne, le paragraphe 7 et 9 résument tout. Les deux étapes du processus sont indispensables pour le peuple : réflexion et action…

    Nous subissons aujourd’hui les conséquences de Maastrich. Les peuples n’ont pas eu le temps de réfléchir, de se préprarer.

    La France a tiré profit de ses DOM TOM. Je suis d”accord avec le terme autonomie constitutionnelle.

    Quand on regarde bien les pays qui ont demandé leur indépendance, ces gens là profitent des avantages en France.

    Courage ! Je suis avec vous. Vous pouvez compter sur moi. J’ai pris plaisir à lire le texte : l’indispensable 3e voie.

    Je pense que la Martinique a trouvé le bon parti pour conduire son peuple dans de verts pâturages.

    Que la Paix, l’humilité, l’Unité soient votre partage.
    Dieu vous garde et vous bénisse

  2. Karl Paolo
    Je tien à féliciter les élus progressistes et démocrates pour la haute tenue avec laquelle ils ont enduré une longue journée ponctuée de provocations, d’agressions, de manifestations d’intolérance, de sarcasmes….
    Je ne peux que décerner une mention spéciale à Serge Letchimy dont l’ouverture, la sincérité et le désir d’avancer vers une autonomie qui, bâtie sur le socle de la départementalisation, soit un plus pour notre pays, étaient perceptible à l’écran. Je le dis avec d’autant plus de joie que je ne suis pas certain d’avoir ces qualités là!
    En revanche, la “majorité” hétéroclite, faite de bric et de broc, avec certes, des élus sincères dont les convictions sont bien entendus respectables mais aussi d’autres pour lesquels les calculs et ambitions personnelles priment, s’est souvent comportée de manière peu digne, méprisante, la palme, de ce point de vue, devant être incontestablement décernée à Claude LISE et Claude CAYOL qui, ne partagent manifestement pas que le même prénom.

    Il fallait avoir du cran et une grande maitrise de soi pour endurer ce que vous avez enduré, s’entendre dire que vos propos sont ceux d’un “disque rayé” ce qui, de la part du président du congrès, est tout simplement consternant.
    Il fallait mettre en avant les intérêts de la Martinique et de son peuple pour rester jusqu’à tôt dans la matinée du 19 juin, alors que des individus qui ne représentent qu’eux même et dont le mandat politique a été obtenu grâce au PPM répétaient à l’envie : votons, votons, inutile d’attendre, inutile d’écouter des voix discordantes!!!!

    Le congrès d’hier a démontré que si la démocratie est la chose la plus précieuse dont notre pays dispose, elle est fragile, ténue et peut très facilement être bafouée par des individus et des mouvements politiques qui, fort de leur majorité, considèrent que ce que dit l’opposition n’a strictement aucun intérêt et que, puisque tout est plié d’avance, il n’est point besoin de “perdre du temps”!

    Maintenant, il faut travailler et ce travail, seul le PPM peut le faire au travers de ses organisations de base. De ce point de vue, TOUT EST A FAIRE me semble-t-il faute de quoi le trésor de patience que vous avez déployé hier aura été vain!

    Je suis persuadé que beaucoup de Martiniquais soutiendront notre position si nous allons à leur rencontre. Nous avons les matériaux, à nous de nous en servir!

    Karl

  3. Cela entend-il aussi l’autonomie du travail ? C’est a dire le travail en martinique reservé aux martiniquais (comme cela est deja beaucoup réalisé…) ? Dans ce cas, pourquoi ne pas renvoyer les travailleurs martiniquais de metropole en martinique? Attention, cela peut etr a double tranchant….

  4. En voyant cela je sort rassurez de cette lecture. Je suis d’accord avec vous nous ne devons pas nous précipité sans réfléchir. Cela peut comporter des risques comme vous le dites et je pense qu’il est nécessaire d’étudier tous ces points un par un en faisant preuve de réflexion.
    je pense qu’une expérimentation pendant six ans serait la meilleur solution, et ensuite d’éventuel changements vis à vis des problèmes rencontré durant ces six ans et enfin oui ou non une validation définitive. je pense que certain élus oublie des fois leur mission qui est d’agir pour le bien du peuple et non en fonction de leurs convictions personnelle.
    En ce qui me concerne M. Serge Letchimy je vous soutient et j’approuve tout a fait vos intentions qui selon moi vont dans le bien et non à l’encontre du peuple.
    Ma main est levé pour vous M. Letchimy.

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