Serge Letchimy: la Troisième voie
11 juillet 2009L’évolution institutionnelle souhaitée par les élus du congrès contient deux objectifs liés à une même ambition :
Donner aux martiniquais les moyens d’une maitrise de leur développement et de leur émancipation au travers d’un statut d’Autonomie au sein de la République Française.
Deux phases importantes sont prévues
• La création d’une collectivité unique.
• Le changement de régime politique (passant du statut d’identité législative (73) au statut de spécialité législative (74).
Nous, Progressistes et Démocrates pour l’émancipation du peuple Martiniquais,
1°) Nous considérons que ces deux articles de la constitution (73 et 74) sont, en termes de choix, la dernière question à se poser. La première étant celle du projet à partager et à porter, la seconde, celle de l’instauration de modalités démocratiques et de moyens propres à cette nouvelle collectivité
2°) Nous considérons que l’article 73 et l’article 74 contiennent autant d’avantages que de défauts. Cependant l’article 74 ouvre une perspective d’autonomie qui présente hélas le lourd handicap de :
- remettre en cause le socle global du principe d’égalité acquis de haute lutte par nos aînés
- de rendre impossible la gouvernance de ce pays par le caractère tronqué des responsabilités transférées
- de comporter une absence de transversalité entre les compétences transférées et les compétences non transféres.
3°) Nous considérons que pour opérer un changement de statut, le peuple doit être parfaitement informé ; ce qui n’est pas le cas en l’espèce. Le processus actuellement en cours est précipité et antidémocratique. Il tend à bafouer le principe universel du droit à l’autodétermination, lequel passe par l’information totale, la conscience claire et l’implication réfléchie de tous.
4°) Nous considérons qu’il est légitime de s’inquiéter du principe qui nous sera appliqué, à savoir : « on vote avant et on négocie après» ? Ce marché de dupes risque d’être fatal à la démocratie et à la saine évolution de ce pays. En effet, la loi qui définira les liens entre la Martinique et la France, est votée par le Parlement après le vote du peuple Martiniquais : nul ne peut donc présager du contenu ultime de cette loi .
5°) Nous considérons qu’il faudrait plutôt : d’abord négocier, et faire entériner la négociation par une loi qui précède le vote, et donc consulter la population sur ce double engagement : celui de l’Etat et celui du Législateur.
6°) Nous considĂ©rons que le danger serait d’accĂ©der Ă une autonomie sans vĂ©ritable pouvoird’agir, une autonomie de dĂ©pendance, une autonomie de convention essentiellement formelle.
Sérieusement !
Comment pourrait-on conduire une politique du développement sans interventions dans ces domaines ? C’est irréaliste, et cela notamment dans le domaine du logement, de l’habitat de l’écologie, de l’urbanisme, de la santé…
7°) Nous considérons que ce type d’autonomie présente l’inconvénient majeur d’une dépendance au bon vouloir d’un ministre ou d’un chef de service de l’Etat. C’est pour cela que nous privilégions une autonomie constitutionnelle, celle qui garantira le droit à l’égalité (conquête ancienne) au droit à la différence, donc à l’initiative, donc à l’intelligence endogène, donc à l’autonomie (conquête moderne). Il s’agit de respecter le peuple Martiniquais dans sa trajectoire historique vers un monde complexe, un monde d’interdépendances, un monde aux multiples enjeux planétaires, qui donne un autre sens et une autre signification aux idées d’autonomie et d’indépendance.
8°) Nous considérons qu’aller vers un changement de statut dans la précipitation et dans l’aveuglement ne ferait que nous précipiter dans un syndrome de risques divers :
- Risque de remettre en cause la légitimité du processus d’émancipation de la LOOM
- Risque de dé-légitimation des élus locaux
- Risque d’être jugé de fossoyeur du combat légitime de Césaire pendant plus de 50 ans, celui du progrès dans l’autonomie et dans l’égalité
- Risque de discréditer définitivement toute démarche vers un régime d’émancipation dans ce pays.
- Risque d’un grave échec de la capacité de ce peuple à « s’auto autonomiser »
9°) Nous considérons qu’il nous faut prendre le pari de la négociation préalable afin de respecter au mieux cette double aspiration du peuple.
Egalité, oui !
Autonomie, oui !
Et qu’il nous faut poursuivre la lutte pour faire comprendre à la France qu’elle ne peut user sans contrepartie décente d’une richesse géostratégique dans le monde (97% des surfaces maritimes françaises se trouvent dans ses Outre-mer, soit 11millions de km2), en continuant d’ignorer notre contribution à son développement et à son expansion, et l’amener à accepter l’idée que la première des attitudes mutuelles à déployer dans nos rapports est celle du respect ! Et qu’en conséquence, elle ne peut maintenir des statuts toxiques fondés sur le principe élémentaire de l’assimilation ou du largage.
10°) Nous considérons que pour gagner la bataille de l’accès à l’Autonomie, il nous faut deux conditions :
- un consensus large et responsable qui jugule la peur.
- un processus qui ne craint ni le temps, ni le peuple.





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