Fête de la révolution Française: discours de Jacques Bangou
14 juillet 2009Madame la vice-présidente du Conseil Régional Fely Kacy Bambuck
Monsieur le président du Conseil Général, Dr Jacques Gillot
Monsieur le représentant du député Maire de la Ville des Abymes, Vce Pst de CAP Excellence, Rozan Rauzduel
Madame la Présidente de l’Akademie du Ka
Madame la Présidente de l’Amitié Pointoise
Mesdames, messieurs de la délégation de la Dominique
Mesdames, Messieurs, chers collègues
Chers concitoyens,
A l’heure où je vous parle sur l’ensemble du territoire que recouvre la République, partout, des manifestations de fête, des bals populaires, des expressions de joie exprimées par des jeunes et des moins jeunes témoignent d’un rituel de construction identitaire au sein d’une République fédératrice.
Une République porteuse de valeurs héritées ou choisies par toute une population aux origines souvent très différentes. Population diverse mais peuple uni pour témoigner de son plaisir et de sa fierté à construire son avenir dans le cadre de ces valeurs républicaines.
Partout ? Pas tout à fait car au moins un territoire de la République échappe à cette liesse : le notre.
Comment expliquer cet apparent désintérêt ? N’avons-nous pas comme les autres besoin de construction individuelle et collective ? Par quels mécanismes avons-nous laissé mettre en place au fil du temps une génuflexion aseptisée et expédiée à la va-vite qui ne nous renvoie ni à notre histoire, ni à la communion de valeurs partagées ?
Voilà le point de départ du questionnement qui fût mien quand à ma première cérémonie du 14 juillet en 2008, en tant que maire, je fus confronté à la décision préfectorale d’abandonner toute manifestation commémorative à Pointe-à -Pitre, ville capitale et sous préfecture de la Guadeloupe.
Avait-on eu peur de ce creuset républicain forgé ici sur cette place de la victoire dès les premiers soubresauts de la révolution française ? Etait-ce la guillotine de Victor Hugues et les têtes décapitées de la noblesse coloniale s’étant sentie en la circonstance moins française qu’anglaise et son sang versé dans les rigoles ici bas sur la darse qu’il fallait oublier ? Etait-ce la difficulté à encenser sur le même lieu les mérites d’une République en fête et le martyr d’ouvriers et militants fauchés ici même dans cette ville au nom de cette même république au motif d’un nationalisme intolérable pour l’époque?
Ou était-ce, suprême injure, une simple question d’intendance, de menues économies à faire, de protocoles à expédier au mépris des hommes, au mépris d’un peuple, au mépris d’une ville ?
Toujours est-il que la République n’a cessé depuis un an de donner dans cette ville de Pointe-a-Pitre de piètres images d’elle même.
Se souvient-on que le 11 novembre dernier les troupes parties défiler ici sur cette place depuis le camp Dugommier à Baie-Mahault se sont perdues en chemin, et que nous les avons attendues en vain ? Doit on se souvenir de commémorations expédiées moins de 7 minutes devant un parterre d’anciens combattants dignes et présents ou les appels téléphoniques du ministre le jour de l’armistice plantant là le parterre d’officiels stoïques sous le soleil une demi heure durant ?
Et puisqu’on nous fait sentir le peu d’égard à l’attachement des pointois au respect de leur ville capitale, au respect des siens et de son histoire, au respect de ceux qui partirent depuis ce port pour la Dominique afin de défendre une France libre de ses dérives fascistes devons nous pour autant sombrer à notre tour dans l’indifférence ambiante ?
Il nous a semblé que notre devoir d’élu était de répondre à l’indifférence par une mobilisation citoyenne.
Nous souhaitons donc pour notre part que cette fête de la République du 14 juillet remette les valeurs républicaines au cœur du débat, au cœur de notre construction identitaire.
Car quelque soient les routes où nous conduiront les générations à venir nous devons leur dire en ce 14 juillet ce que la République française doit à leurs aînés autant que ce que cette République leur a apporté de libertés fondamentales, d’aisance matérielle ou d’égalité citoyenne.
N’ayons pas honte de dire à nos enfants la part essentielle de la révolte de Bois Caïman en Haïti et des révoltes conjuguées de Guadeloupe et d’Haïti qui firent irruption dans le débat révolutionnaire après 1789 et qui conduisirent dans un processus pas si évident que cela à la première abolition de l’esclavage en 1794. Le siècle des lumières serait encore dans le clair-obscur et la déclaration des droits de l’homme bien imparfaite sans les torches brandies dans les plantations par nos ancêtres esclaves.
N’ayons pas honte de lire notre histoire et la posture républicaine constante de notre peuple et de ses élus qui sauvèrent la république française plus d’une fois de dérives vers un retour monarchique.
Rappelons à nos enfants que le commandant Mortenol n’est pas le simple nom d’une artère de la ville mais celui d’un brillant officier né à deux pas d’ici et qui protégea Paris des troupes prussiennes.
Enseignons leur le discours prononcé autour de cette place au cinéma la Renaissance par Félix Eboué et apprenons leur combien les valeurs humanistes exhortées alors devaient permettre à leur auteur d’incarner auprès du général De Gaulle une conception de la République incompatible avec le régime vichyssois et d’entrainer un continent, l’Afrique, dans la lutte contre le nazisme.
Enseignons leur l’histoire de ces anciens combattants et de ces dissidents qui sont nos parents, nos amis, nos frères, nos oncles .Votre histoire mesdames, messieurs.
Les idées Républicaines qui ont été le moteur de vos sacrifices ont elles toujours été payées de retour ? Et s’agissant de la Guadeloupe à construire demain quel message laissez vous aujourd’hui à vos enfants et aux générations montantes, au-delà de votre présence empreinte de dignité ?
Nous souhaitons inscrire cette cérémonie loin du formalisme protocolaire qui semblait devenir l’essence des cérémonies de ces dernières années et à travers lequel il nous semble que les Guadeloupéens ne se reconnaissent pas tout à fait. C’est la raison pour laquelle la cérémonie que nous proposons ici à Pointe à Pitre est une cérémonie de réflexion autour des valeurs républicaines : Liberté toujours, Egalité certes, Fraternité encore établir, mais aussi respect et reconnaissance.
-Respect pour les sacrifices et les apports des anciens combattants et dissidents, qui ont hypothéqué consciemment leur vie pour la liberté. Respect pour ce que nos artistes, nos hommes de lettres, nos musiciens, nos philosophes ont apportés et apportent encore au quotidien à la République.
Respect pour nos sportifs de Roger Bambuck authentique pointois à Lilian Thuram et Mickael Pietrus ; de Marie Josée Perec à Laura Flessel, de Teddy Riner à Jean-Marc Mormec, authentiques Guadeloupéens qui ont fortifié l’identité française par leurs exploits.
-Respect et défense des libertés.
Car la Liberté n’est jamais acquise à jamais. La questionner doit être un effort permanent et la défendre une exigence de notre part. L’actualité récente est là pour nous le rappeler.
Sommes ainsi prêts à défendre le droit à la libre expression de celui qui ne dit pas ce qu’une majorité veut entendre ? Sommes-nous prêts à défendre le philosophe pour son apport intellectuel même quand il est dérangeant comme nous sommes prêts à défendre l’ouvrier ou le salarié exploité ?
S’agissant toujours de liberté quelle place réserverons nous pour celle-ci dans le projet Guadeloupéen ou dans les états généraux?
Quel débat sommes nous prêts à avoir pour la construction d’un espace républicain dont nous puissions être fiers et où nous puissions garantir la liberté de travail dans les entreprises, les libertés individuelles de se déplacer, de se soigner, d’éduquer nos enfants ! Mais sommes nous pour autant suffisamment murs pour discerner aussi bien les actes liberticides qui ont ébranlé notre société que les atteintes à la liberté inscrites dans les mécanismes de spoliation et d’exploitation permanente dans bien des d’autres domaines.
Les entreprises pétrolières, par exemple par le caractère obscur des mécanismes des prix, des trafics avec Sainte Lucie, des majorations des volumes de vente, par la facturation de taxes pour services non fait, ceci dans un système monopolistique encouragé et encadré par l’Etat sont tout autant liberticides et construire et fêter la République aujourd’hui en ce 14 juillet c’est aussi accepter de partir en guerre contre ces injustices.
Liberté : Nous sommes fils et descendants de tous ceux qui se sont battus pour elle et pour garantir la notre. Soyons en dignes !
Egalité : l’Egalité citoyenne est au cœur de notre histoire depuis la sortie de l’esclavage. On le voit bien, nos peuples ont inscrit leur relation avec l’Etat dans un rapport exclusif autour de la question sociale et l’égalité citoyenne est au cœur de toutes les aspirations formulées par les Guadeloupéens depuis deux siècles. Assumons cette part de notre histoire et défendons là en ce 14 juillet.
Fraternité : Notre République l’a-t-elle jamais réussie ici, comme sur tout le territoire de la République ? Mais surtout le combat d’aujourd’hui n’est il pas celui de la reconnaissance de l’autre ? La reconnaissance par cette République que nous façonnons, des diversités qui sont les siennes.
Alors faisons de nouveau du 14 juillet une fête qui ait du sens.
Faisons en une étape de construction identitaire nécessaire à tout peuple.
Une fête de liberté à préserver en toutes circonstances, et à reconquérir en permanence contre les forces de l’exploitation
Une fête de l’égalité citoyenne, celle des mêmes droits et des mêmes devoirs, celle de la solidarité nationale et individuelle.
Une fête identitaire, la notre, car la République que nous fêtons doit être celle du renouvellement, du réensemencement, celle de la diversité enfin reconnue, celle de la reconnaissance de l’autre comme un enrichissement pour tous.
N’ayons pas peur de nous même en disant cela et au contraire osons !
Dr Jacques BANGOU, Maire de la Ville de Pointe-Ã -Pitre.
Président de « Cap Excellence »




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Monsieur Bangou Cher Docteur Jacques Bangou
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Nos 22 mai /27 Mai 10 juin nous suffisent largement. mon insuffisance en matièred’histoire de France fait de moi une ignorante… quelle est la problématique posée exactement par le Docteur Bangou? se battre pour être assimilée à …? En quoi la prise de la bastille me concerne fondamentalement? déjà l’égalité obtenue par Paul Valentino( Gwada) et Césaire a été vécue par nous jeune génération comme une opprobe car définie de manière infâmante par le mot assimilation…. de grâce ne rajoutez pas….aux incompréhensions politiques, des blessures historiques.
Chère Lydie,
Le 14 juillet et surtout sa symbolique ont été des facteurs déterminants mais pas uniques dans la révolution aux Antilles. Ce qui fait qu’il y a eu une révolution atypique dans les Caraïbes (St-Domingue, Gwada et 1789 en Mque) c’est la rencontre entre le 1789 en France et l’opinion publique et la conscience politique chez les esclaves. Les esclaves sont les premiers républicains (pas obligatoirement français) à réclamer l’égalité des droits. Ils ont une claire conscience et connaissance de l’idéologie des droits de l’homme et s’en réclament. Elle s’exprime à travers des manifestations, des écrits, des chansons, etc. Ce que l’on appelle la révolution atlantique est un triangle qui comprend 3 pôles : Europe, Amérique du Nord et Caraïbe.
Bref, si j’étais à la retraite, j’aurais proposé au Sermac, d’animer un atelier sur l’histoire des Antilles.
Bises.