En quoi le Lycée Victor Schoelcher est il un élément de notre patrimoine ?
18 juillet 2009Il est nécessaire d’éclairer « cet objet lieu de mémoire » par un retour sur ce qu’il représente. Le Lycée Victor Schœlcher est le lieu de la formation de milliers de Martiniquais. Il est le résultat du combat des hommes de gauche depuis les années 1870 qui voyait en l’éducation publique (et non privée) et laïque (et non-confessionnelle) l’accomplissement de la citoyenneté de 1848, de la révolution des droits universels menée depuis Toussaint Louverture et de l’accès par le mérite et non par la naissance ou par la couleur de la peau à l’ascension sociale et à l’égale dignité dans un pays gangrené par le racisme et les discriminations sociales.
Le premier lycée de la Martinique fut créé à Saint-Pierre en 1881 puis transféré à Fort-de-France après l’éruption de la montagne Pelée. Mais dès 1901, les conseillers généraux du groupe des Républicains de gauche et des Socialistes demandaient au gouvernement et obtenaient (en 1902) la dénomination « Lycée Victor Schœlcher » en hommage au combat de l’abolitionniste mais aussi à l’homme du décret de 1848 sur l’éducation et au défenseur et au relais des républicains des Antilles au Sénat. Le lycée actuel, construit en 1936-1937, est le nouveau lycée « Victor Schœlcher ». Les Martiniquais l’ont reçu en héritage.
Le lycée est l’emblème d’une certaine instruction pour tous les Martiniquais, d’une conception certes classique, voire élitiste de l’enseignement, mais qui avait l’avantage de donner une possibilité réelle, dans le monde colonial et arbitraire, de se former et d’espérer accéder à l’émancipation de la conscience politique. Tout le monde ici a eu un enfant, un frère, une sœur, un cousin (ne), etc, qui est passé par le Lycée Schœlcher. Il appartient à tous les Martiniquais. Il fait donc partie de l’identité des Martiniquais : une identité visuelle et paysagère, le lycée semble un vaisseau à la conquête du monde au vent de la baie des Flamands, mais surtout une identité éducative, symbolique et culturelle.
L’enjeu est donc de taille.
En démolissant l’actuel lycée et en reconstruisant un bâtiment qui n’a rien à voir avec l’esprit de l’architecture de l’époque, la valeur patrimoniale est ignorée, pire, raturée. Il ne s’agit pas seulement de résoudre un problème de vétusté et d’absence de conformité aux normes actuelles parasismiques et bioclimatiques. Cela s’apparente plutôt à une volonté d’effacer une certaine mémoire, une certaine histoire, celle de l’émancipation par « l’éducation des humanités » et certaines valeurs et principes dont celui de la fidélité et de la filiation, depuis Toussaint Louverture jusqu’à Aimé Césaire en passant par Victor Schœlcher. S’attaquer à ce lieu d’expression d’un espace public et de la revendication de l’application des droits républicains, c’est méconnaître ces mêmes exigences des esclaves en 1789, 1791, 1793, 1802, 1830, 1848 à Saint-Domingue, en Guadeloupe et en Martinique.
On peut entrer dans la modernité en assumant sereinement son passé, tout son passé ou alors on peut faire table rase du passé et réécrire une nouvelle histoire faisant fi des exigences d’honnêteté historique. Une nouvelle forme de résistance patrimoniale, culturelle et politique doit s’affirmer contre les politiques de l’oubli et d’instrumentalisation de l’histoire.
Elle nécessite de prendre en compte une politique globale de sauvegarde de l’ensemble des faits patrimoniaux. Il apparaît alors que l’action patrimoniale touche au cœur de la définition de ce qui fait notre identité et de l’action politique. L’action patrimoniale peut devenir le paradigme de l’action politique comme l’a été l’action culturelle.




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S’il est vrai que le Lycée Schoelcher constitue bien un element du patrimoine il me semble que le Collège Renan, pensionnat colonial tout comme Le Collège Perrinon, Le Collège Cassien Sainte Claire ont eu un passé et une histoire qui furent rayés sans concertation aucune. La reconstruction de ces batiments ne fut en aucun des cas identique à l’original!!!
Qui d’entre nous reconstruit a l’identique une maison heritée de parents et qui doit etre demolie?
Arretons cette querelle de bas niveau car le Colège Renan qui
Le Collège Renan a une histoire plus riche que celle du Lycee Schoelcher et l’on n’a pas hesité a le demolir alors qu’il aurait pu etre restaure comme le fut le Parc Floral! Il aurait pu donner naissance a une superbe galerie marchande au rez de chaussee et des restaurants et autres à l’etage!
Perrinon a aussi une histoire et pourtant l’on a prefere iun Fort Boyard en plein Centre Ville! Pourquoi n’a t-on pas reconstruit la fontaine lumineuse des Terres Sainville?
La polemique sterile et mesquine ne peut mettre la population martiniquaise à l’aise pour des choix futurs. La Loi confère des droits et pouvoirs à des martiniquais et voiila qu’une minorité veut s’y opposer simplement pour des questions de personnes. Ce sera quoi avec l’autonomie? quelque soit la forme choisie ?
Bonjour Monsieur Andre,
Je comprends parfaitement vos remarques et vous faites bien de rappeler les erreurs du passé. Néanmoins, je voudrais vous apporter quelques précisions qui me semblent importantes :
1°) la notion de conservation de patrimoine est une notion récente dans nos pays du sud et elle ne va pas de soi; elle suppose une éducation à long terme que nos responsables politiques doivent assumer dans toute son étendue
2°) Il ne s’agit pas de tout conserver car nous vivrions dans un musée et cela n’est évidemment pas possible. Les deux établissements scolaires dont vous parler ont certes eu un passé prestigieux mais ils n’avaient pas la valeur esthétique et architecturale que possède le lycée SchÅ“lcher qui a reçu le label “XXe siècle”
4°) On peut reconstruire à l’identique, même la maison que l’on hérite de ses parents, cela dépend de la qualité et de la valeur de cette maison. On doit aussi s’entendre sur la notion de “reconstruire à l’identique”. Cela ne veut pas dire ne rien changer, ne pas adapter aux normes, ne pas moderniser, etc. Il y a de nombreux bâtiments dans ce cas en Martinique comme par exemple le Musée d’histoire et d’ethnographie de la Région dont la restauration et l’adaptation ont été réussies.
4°) Il y a un élément que vous oubliez qui est le respect des règles de l’urbanisme dans une ville, inscrite dans un document validé par toutes les autorités compétentes en la matière, il s’agit du PLU. Or le projet de reconstruction ne respecte pas les prescriptions du PLU de la ville.
5°) Vous vous trompez sur le sens de l’action; ce n’est une vaine polémique stérile mais un débat de fond sur le type de gouvernance et de collaboration entre les décideurs de ce pays.
6°) Vous avez raison quand vous dites “ce sera quoi avec l’autonomie ?”
Je vous souhaite une bonne journée et une bonne lecture des documents joints.
Salutations distinguées.