« Le cerveau de certains intellectuels fonctionne à la manière du tube digestif des animalcules élémentaires: il filtre pour ne retenir que ce qui peut alimenter leur bonne conscience de petits bourgeois suffisants et satisfaits » (Aimé CESAIRE, Discours sur le colonialisme).
En ces jours de commémoration de la mort de notre Nègre Fondamental, il n’est pas insignifiant de rappeler ces propos cinglants de CESAIRE apostrophant une certaine élite décérébrée qui s’autorise, parce qu’ayant pignon sur rue, à alléguer n’importe quoi à l’encontre de notre PPM, sans jamais étayer ses affirmations par des documents ou des témoignages crédibles et irréfutables. Cela est d’autant plus pauvre et misérable quand il s’agit d’avocats qui devraient être rompus à la rigueur de l’argumentation juridique (encore que certains pensent qu’ils mentent davantage et mieux que les arracheurs de dents).
Et c’est ainsi que Maître DORWLING-CARTER (d’un groupe d’affidés ou d’affiliés au courant indépendantiste, ceux qui, acrobates émérites, exécutent des tours de souplesse dorsale et qui ont toujours leur encensoir dans quelque barbe et blanche moustache du roi du Plateau Roy), dans un long article de « Antilla » du 2 au 9 avril dernier, s’échine à démontrer que le mouvement du Collectif du 5 février ne peut prendre « …racine dans une volonté politique quelconque d’émancipation par rapport à la France, ce d’autant plus que les résultats obtenus dans le cadre départemental actuel, au-delà du fait qu’ils constituent une assimilation encore plus radicale des économies antillaises, peuvent constituer la preuve par neuf de l’inutilité de tout changement statutaire… ».
On peut tolérer cette opinion même si elle nous paraît quelque peu superficielle et simpliste. Mais qu’il en profite pour introduire dans sa plaidoirie un élément vicié, vicieux, mine de rien, sans y toucher, subrepticement, de manière perfide, comme une image subliminale dans une grande affiche publicitaire, qui n’a rien à voir avec son discours mais qui pourrait jeter un discrédit sur le PPM, voilà qui nous laisse ahuris, pour ne pas dire en colère !
Jugez-en : « Par ailleurs (c’est-à-dire, quelque part, hors du groupe), les autres représentants syndicaux composant le Collectif du 5 février sont des PPM notoires, parti, on le sait, qui s’est donné pour mission actuelle de freiner à quatre pieds l’évolution statutaire voulue par la majorité du Congrès ».
Et voilà ! Le PPM serait contre l’évolution institutionnelle de la Martinique ! C’est « doudou cocotte » qui vous l’affirme ! Ou bien Me Dorwling – Carter a mal travaillé son dossier, il lui a manqué quelques pièces à conviction, ou bien il lui a manqué la puissance et la force de l’art oratoire des grands tribuns du Barreau avant de conclure ; ou bien encore, il s’est laissé abuser par les tours de passe-passe du grand illusionniste du Plateau Roy. Il aura été la dupe, de bonne foi, de son habileté à détourner la réalité, à donner dans le mensonge, l’imposture, – à usurper ce qui est aux fondements même du PPM, à savoir l’AUTONOMIE- pour mieux justifier ses prises de position populistes, ses postures indécentes et ses « zanzolaj » acrobatiques. Dans un cas comme dans l’autre, il mérite notre sollicitude et qu’on lui ouvre les yeux sur la réalité de notre PPM.pour bien montrer qu’il n’a jamais dévié de son objectif originel, du cap fixé dès le Congrès constitutif des 22-23 mars 1958. Rappelons qu’à ce Congrès, le Rapport politique présenté par Aimé CESAIRE s’intitulait « Pour la tr ans formation de la Martinique en Région dans une France fédérée ».
Nous ne ferons pas l’injure à un juriste de la classe de Me Dorwling Carter de lui préciser ce que recouvre l’idée fédérale qui implique que, les Régions qui la composent disposent au moins d’un pouvoir autonome- ce que nous avons à l’époque traduit par « la gestion de nos propres affaires ».
Ajoutons qu’à l’instigation de notre Secrétaire Général Rodolphe DESIRE en 1967, notre IIIe Congrès a voté le mot d’ordre d’ »Autonomie pour la Nation Martiniquaise ». Mot d’ordre maintenu jusqu’à ce jour ! Nous faut-il revenir à tous les grands discours de CESAIRE sur ce sujet et singulièrement à celui des 3 voies et des 5 libertés » ?
Nous faut-il encore rappeler la grande émotion de tout le peuple martiniquais quand, sur le cercueil de Césaire, le Dr ALIKER déclara fermement que « les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises sont les Martiniquais eux-mêmes » ?
Alors : en quoi le PPM freinerait-il des quatre fers l’évolution statutaire ? Sauf à être sous l’emprise d’un gourou qui lui bloquerait toute faculté cognitive, il faut bien admettre que Me Dorwling- Carter, enlisé et « ankayé », s’est gouré dans le lisier ou est de mauvaise foi !
Au fond, ce qu’il nous reproche, c’est d’avoir dit NON à l’oukase du petit tyranneau exigeant que l’on vote sans discussion l’article 74 de la Constitution française en écartant du même coup, de manière antidémocratique, et les départementalises et- ce qui est un comble pour le président du Mouvement Indépendantiste Martiniquais tous les indépendantistes Martiniquais ! Ce qu’on nous reproche, c’est de refuser de laisser « ankayer » l’évolution institutionnelle du pays dans un article de la Constitution qui n’a pas été pensé par nous, pour nous, mais par d’autres, pour d’autres. Un article qui ne répond ni à nos besoins d’égalité, ni à nos aspirations de responsabilité.
Ce que nous voulons, CESAIRE l’a dit dès la Lettre a Maurice Thorez : « …que nos sociétés s’élèvent à un degré supérieur de développement, mais d’elles mêmes, par croissance interne, par nécessité organique, sans que rien d’extérieur ne vienne gauchir cette croissance, ou l’altérer ou la compromettre ». Or, accepter de s’enliser dans un article de la Constitution, c’est précisément accepter qu’on altère, qu’on gauchisse et qu’on compromette et le développement de nos sociétés et une véritable autonomie qui réponde, à ce moment précis de notre histoire, à nos besoins, à nos aspirations. « Tout statut politique s’inscrit sous le signe de l’historicité, autrement dit du précaire et du révocable. Il n’y a pas de statut de droit divin. L’Histoire les fait et les défait selon un clivage qui s’appelle l’Homme, ses besoins, ses aspirations », nous dit CESAIRE.
C’est pourquoi, dépassant l’article 74 –qui, du reste, ne pourrait nous être appliqué que par une loi organique votée par le législateur français qui ne manquerait pas d’ajouter à ses contraintes, ses restrictions- nous préconisons que notre Autonomie, sur les bases de l’égalité conquise par nos pères et la responsabilité politique, se définisse à partir de nos seuls besoins et aspirations qu’il nous appartiendra de rassembler et de finaliser dans un nouvel article qui nous soit propre. Et non celui, limité et étriqué, imposé par la Constitution française. Si cela semble nébuleux à quelque esprit chagrin et obtus, succombant à la démagogie et au populisme du petit chef, il en est dans le camp des indépendantistes qui reconnaissent le bien-fondé de notre démarche et qui, dans « Révolution Socialiste » de janvier dernier, se démarquent nettement de ces prétendus indépendantistes repentis qui se veulent plus autonomistes que les premiers et authentiques autonomistes et qui « sont prêts à se mouler dans un article de la Constitution française et qui diabolisent la position du PPM, coupable de dire que ce n’est pas à la Martinique de s’adapter à tel ou tel article mais bien l’inverse. Qu’y a-t-il de scabreux à ce qu’un peuple réclame de l’Etat colonial qu’il amende sa Constitution lorsqu’elle fait obstacle à sa revendication ? »
Ite, missa est ! Et bienheureux les pauvres d’esprit…..
22 Avril 2009 Victor TISSERAND
