L’insurrection du Sud de Septembre 1870
28 septembre 2009
En Septembre 1870, une importante révolte embrasa le sud du pays : des ouvriers et des paysans se soulevèrent pour dénoncer le régime oppressif qui régnait à la Martinique depuis le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte (décembre 1851), la transformation du régime en Empire (décembre 1852) et la proclamation de Napoléon III, empereur. La période républicaine (1848-1851) n’a été qu’une brève période et laisse la place à un régime d’exception autoritaire et antidémocratique notamment dans les colonies.
Un contexte réactionnaire
Les anciens maĂ®tres sont assurĂ©s du soutien de l’administration dans leur domination malgrĂ© l’apparition d’une paysannerie composĂ©e pour l’essentiel de petits planteurs vivriers. Ils sont nombreux dans le Sud. Au lendemain de l’abolition, le travail « obligatoire » est instaurĂ© par le dĂ©cret du 13 fĂ©vrier 1852. En 1855, le gouverneur Gueydon aggrave les conditions de travail par un nouvel arrĂŞtĂ©.
Les ouvriers sont soumis à un contrôle systématique, leur déplacement, leur lieu de travail, tout doit être consigné dans un « passeport « . Cette situation replonge la Martinique dans les sombres heures de son passé esclavagiste bien présent dans les mémoires.
La société demeure fortement racialisée, hiérarchisée et profondément injuste.
Les tentatives de rĂ©sistance sont brisĂ©es par une rĂ©pression sans cesse accrue : les libertĂ©s publiques (presse, rĂ©union) sont supprimĂ©es. Le suffrage universel est aboli. La presse est censurĂ©e. L’Ă©cole est rĂ©servĂ©e Ă une Ă©lite de l’argent. Les salaires sont très bas et l’immigration indienne permet de maintenir une pression sur les revendications salariales. Les premières usines modernes voient le jour mais la misère grandit.
L’affaire Lubin
En février 1870, Léopold Lubin, jeune agriculteur, est sauvagement battu par Augier de Maintenon, l’aide du commissaire de la Marine, au Marin. Lubin ne lui aurait pas cédé le passage. Ce dernier devant la partialité de la justice coloniale, décide de corriger Augier de Maintenon. Arrêté, il est condamné à 5 ans de bagne et à une lourde amende par la cour d’assises de Fort-de-France.
Entre temps, les événements s’accélèrent en France. La défaite militaire de Sedan (2 septembre 1870) provoque la chute du IInd Empire et la IIIe République est proclamée à Paris (le 4 septembre).
République et insurrection du Sud
Dès le 2 septembre, des incidents se multiplient car la population des campagnes du sud n’accepte pas le jugement inique de Lubin. La République est proclamée le 22 septembre dans toutes les communes. C’est le signal de la révolte. Les mots d’ordre réclament le désarment des blancs, la proclamation de la République, la tête de Codé, le propriétaire de La Mauny, juré au procès, et la libération de Lubin.
Des leaders Ă©mergent parmi lesquels Louis Telgard, Eugène Lacaille, Auguste Villard et Daniel Bolivard. Dans la soirĂ©e, ils se rendent sur l’habitation CodĂ©. Elle est incendiĂ©e. C’est le dĂ©but de l’insurrection. Dès le lendemain, elle se propage Ă tout le Sud, Marin, Rivière-Pilote, Rivière-SalĂ©e, Sainte-Luce, Sainte-Esprit. Les ouvriers agricoles, ceux des bourgs, les immigrants, les femmes, dont l’emblĂ©matique Lumina Sophie dite Surprise, participent massivement Ă la rĂ©volte. Le 2 septembre, CodĂ© est arrĂŞtĂ© et mis Ă mort. L’insurrection gagne le Vauclin et Sainte-Anne.
La contre-offensive et la répression
La rĂ©pression est terrible. Des dizaines de travailleurs sont massacrĂ©s. Les insurgĂ©s sont encerclĂ©s et pourchassĂ©s. La rĂ©pression se prolonge jusqu’au procès de l’annĂ©e 1871. Il y a plus de 500 arrestations. Les principaux chefs furent exĂ©cutĂ©s, (5 des condamnĂ©s Ă mort furent exĂ©cutĂ©s au polygone Desclieux, en dĂ©cembre 1871) sauf Telgard qui rĂ©ussit Ă fuir Ă Ste Lucie. D’autres furent condamnĂ©s aux travaux forcĂ©s Ă perpĂ©tuitĂ©, Ă la dĂ©portation et au bagne en Guyane et en Nouvelle-CalĂ©donie.
La mémoire de l’esclavage
On retrouve dans ce mouvement les tendances lourdes des révoltes de la période post-révolutionnaire de la Caraïbe française (Guadeloupe, Martinique et Saint-Domingue) à savoir l’émergence d’une petite paysannerie dans le cadre d’une République égalitaire. Depuis Toussaint Louverture, l’idéal des nouveaux libres est la mise en valeur de lopins de terre par des cultures vivrières et l’éradication de la société fondée sur le racisme et la domination des blancs. Partager la table des Egaux est le mot d’ordre qui anime les révoltes et les insurrections, instaurer un régime fondé sur la justice et l’égalité des droits, un partage équitable des richesses est le leitmotiv des masses qui font de la lutte contre les habitations le symbole de leur acharnement à revendiquer de vivre dans la dignité.
C’est ce combat que nous commémorons aujourd’hui. La volonté de ces hommes et de ces femmes des campagnes leur a permis de se mettre debout pour combattre les inégalités, les injustices, la perpétuation des féroces inégalités et de l’arbitraire au péril de leur vie. Ils voulaient gagner l’accès à la propriété privée des terres, fondement de leur survie et de leur culture et ainsi accéder à une vie digne.
E. LANDI
27 septembre 2009




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Nous pouvons ĂŞtre fiers de nos ancĂŞtres : Ă©tant de rivière-salĂ©e, j’ai toujours entendu parler de cette insurrection, surtout de TELGARD, mais aussi de l’affreux codĂ© - Merci pour cette Ă©clairage historique ; car pour avancer nous devons connaĂ®tre notre propre histoire - Quant Ă moi, ce n’est que vers la fin des annĂ©es quatre-vingt dix que j’ai connu la rĂ©elle histoire par exemple d’andrĂ© ALIKER, alors que je connaissais la rue du mĂŞme nom Ă F-de-F depuis les annĂ©es soixante-dix - Bravo : continuez Ă Ă©clairer les jeunes en particulier car c’est important pour un peuple de connaitre son passĂ© afin de mieux prĂ©parer son avenir-
Cordialement
Gigi