L’encayage du 74: La démystification d’une forfaiture de plus.
5 janvier 2010Les partisans de l’article 74, expliquent leur démarche par un besoin de plus de responsabilité. Soit, et c’est louable. Le PPM, depuis sa fondation, n’a cessé de s’inscrire dans cette exigence de responsabilité. Mais la responsabilité que nous exigeons ne saurait être artifice ! Elle doit être une responsabilité véritable, fondée un projet politique global, et donc sur une vision de notre pays dans le monde. C’est seulement ainsi que peut s’inaugurer une autonomie véritable et les moyens de gouvernance qui lui sont nécessaires.
Ceux qui se sont attachés à réduire ce débat à une question d’articles (sans autonomie de conception ou de pensée, sans projet véritable, sans un rien de vision), ne peuvent que verser dans des incohérences, voire des absurdités. La meilleure preuve de l’inanité d’une telle démarche se trouve dans la résolution visant l’évolution institutionnelle votée par une majorité du Congrès.
Les partisans du 74 ne cessent de répéter qu’il ne s’agit que d’un petit pas, qu’ils n’ont demandé que des compétences d’adaptation, donc aucune compétence propre (par souci bien entendu d’éviter toute fragilisation de l’égalité des droits).
Et donc, toutes les compétences envisagées resteront de fait régies par l’article 73.
Il s’agit donc d’un régime d’adaptation législative sous la tutelle d’une loi organique (2007) qui en régit les modalités pratiques conformément au principe de l’identité législative, c’est-à-dire pour une durée de deux ans. La dérogation permanente n’existant pas, l’habilitation reste toujours temporaire quand la compétence n’est pas déléguée.
Dès lors, si aucune compétence propre n’est demandée (en dehors des compétences « supplémentaires propres », néologisme que personne ne comprend), qu’est-ce qui peut justifier cette inscription dans l’article 74 ?
Pourquoi se glorifier d’une « autonomie » qui est dans ce cas aussi factice que virtuelle ? Comment, sans compétences propres, et connaissant les limites de toute adaptation, (on n’adapte un texte qu’à la marge, on change le détail sans en atteindre la substance) pourra t-on faire évoluer cette société et lui assurer un dévelopement endogène ?
Comment, sans compétences propres, faire naître une nouvelle culture de l’initiative et de la responsabilité partagée ?
Mystère !
En dehors de l’absurdité politique d’une telle situation, sous couvert de petit pas, c’est vers une longue humiliation que l’on veut entraîner le peuple Martiniquais. Celle de se trouver en position sous-ordonnée dans des négociations incessantes avec les technocrates de l’Etat, les majorités successives, et toujours dans la posture du quémandeur, les accents de la supplique, et la constante l’obligation de dégager des consensus avec de multiples ministères…
On se paie donc le luxe de fragiliser durablement l’égalité des droits en s’inscrivant dans l’article de la spécialité législative sans pour autant se doter des moyens d’en affronter les conséquences. On se bat l’estomac avec un muméro ( le 74) que l’on assimile a une autonomie (dénaturée) mais en restant à la traîne de l’Etat, dans une irresponsabilité de fait.
En créole, cela s’appelle : un encayage.
On me dira : votons maintenant et on pourra toujours corriger cette erreur (pour rester poli) par la suite. On commence très doucement, et une fois soumis au cadre de l’article 74, on pourra toujours faire évoluer les détails et les moyens de notre responsabilité, et cela sera d’autant plus aisé qu’aucune nouvelle consultation populaire ne sera vraiment obligatoire… Cela revient à dire : « votons maintenant, donnez nous le pays et nous allons nous occuper de vous ! »
Dès lors, on se retrouve au coeur, d’une seconde forfaiture, celle de faire voter la population sur des désirs secrets, des perspectives cachées qui ne sont pas ses réalités, dans une formule apparente que l’on va faire évoluer en cours de route, sans une nouvelle consultation !
Pour nous, ceci n’est pas la voie de la démocratie, mais le canal ouvert à toutes les dérives populistes !
Et ce n’est surtout pas notre conception de l’autonomie !
La nôtre vise, sans aucune fragilisation du socle de l’égalité des Droits, à prendre le temps de se doter de véritables moyens de gouvernance. Elle vise à obtenir des compétences législatives propres au centre de toute une batterie d’outils d’adaptation stables, capables de nous permettre d’agir au plus vite et au plus près sur les enjeux du développement que nous aurons imaginé dans une Caraibe en construction, une Europe libérale, un monde impitoyable… Et cela, sans dérive, ni coup de dés, ni hasard, ni aucune concession au « ti-bonheur-la-chance »…
Seulement, la Constitution francaise d’aujourd’hui nie cette double revendication essentielle du peuple martiniquais : l’égalité des droits et le droit à la différence. Les constitutions les mieux modernes ne dissocient nullement ces deux exigences. Bien au contraire, elles font de l’égalité définitive des droits, le socle d’une reconnaissance de la différence, le lieu même de l’iniative restituée aux génies de tous !
La Constitution française doit donc se moderniser pour être capable de prendre en compte la diversité des peuples et des situations qui constituent désormais la réalité de la France. Elle doit se moderniser pour faire en sorte qu’au moment de décider du cadre de notre autonomie, nous aurons sous les yeux la loi organique claire, précise, qui en détaillera les modalités pratiques, et à l’élaboration de laquelle nous aurons préalablement participé !
Par la voie que nous proposons, le peuple martiniquais choisira en connaissance de cause à l’issue de la première mandature d’une assemblée unique devenue « « assemblée institutante » !
Que celui qui dit que le PPM a peur, me désigne une exigence plus haute, une audace plus totale, une démocratie plus sereine, une confiance plus absolue dans les capacités du peuple martiniquais à construire par lui-même son rapport politique à la France !
Par sa lucidité politique, son grand niveau d’exigence, le PPM reste donc fidèle aux exigences démocratiques et morales qui constituent sa ligne historique, et cela tout en faisant preuve du courage de ne pas abdiquer devant un des grands enjeux du troisième millenaire : le droit à l’autonomie pour des peuples différents dans un cadre républicain commun. Le droit d’exprimer leur identité propre et leur capacité à assumer leur propres résiliences sociétales et humaines, sans rien remettre en cause de ce qui est acquis par tant de luttes et tant de sacrifices !..
Notre voie, la troisieme, présente l’avantage du courage et la vertu de la sagesse.
Le 10 janvier, notre non à l’article 74 sera le point de départ d’un processus d’autonomisation sérieux et responsable !
Serge Letchimy




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