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Lettre ouverte à Claude Guéant

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Objet : Vos déclarations sur les civilisations

N/réf: CAB/SL/JFL/SN/N°2012

LETTRE OUVERTE A M. CLAUDE GUEANT,
MINISTRE DE L’INTERIEUR

M. le Ministre,

Votre venue en Martinique dans les jours qui viennent, m’oblige à vous  rappeler que cette  terre a vu naître Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard Glissant. Qu’elle a été aimée par des hommes aussi admirables que furent Victor Schœlcher, André Breton, Léopold Sedar Senghor, Claude Lévi-Strauss, et de manière plus proche encore, par Léopold Bissol, Georges Gratiant, ou Camille Darsières, pour ne citer que quelques-uns de nos grands politiques.

Ces hommes furent de grands humanistes. Leur vie et leurs combats se sont situés en face de ces crimes que furent la traite, l’esclavage, les génocides amérindiens, les immigrations inhumaines, ou la colonisation dans tous ses avatars… Tous ont combattu la pire des France : celle qui justifiait les conquêtes et les exploitations, et bien d’autres exactions dont les cicatrices sont inscrites dans nos paysages. Cependant, je n’ai jamais entendu un seul de ces hommes lister ces attentats pour décréter que la civilisation européenne, ou que la culture française, serait inférieure à n’importe quelle autre. Je ne les ai jamais entendus prétendre que le goupillon de la chrétienté (qui a sanctifié tant de dénis d’humanité) serait plus primitif que tel bout liturgique d’une religion quelconque.

Toujours, ces hommes ont établi la distinction entre cette France de l’ombre et la France des lumières. Pour combattre l’ombre qui menaçait leur humanité même, ils se sont référés à la France de Montaigne, de Montesquieu, de Pascal, de Voltaire, de Condorcet ; à celle qui s’est battue pour abolir la traite, puis l’esclavage, qui a supprimé la peine de mort  du code de ses sentences ou qui a accordé aux femmes le droit de vote et celui de disposer de leur maternités… A s’en tenir à votre logique, ils auraient eu mille raisons de condamner la civilisation occidentale, et de renvoyer aux étages inférieurs bien des cultures européennes.

Voyez-vous M Guéant, vos chasses à l’immigré (qu’il soit en règle ou non), ou la hiérarchisation que vous célébrez sans regrets ni remords entre les cultures et les civilisations, vous ont enlevé la légitimité dont a pourtant besoin votre prestigieuse fonction. Vous portez atteinte à l’honneur de ce gouvernement, et à l’image d’une France qui visiblement n’est pas la vôtre, mais que nous, ici, en Martinique, avons appris à respecter.

Toutes les civilisations ont produit, et de manière équivalente, des ombres et des lumières. Mais si les ombres n’ont jamais triomphé très longtemps, si beaucoup d’entre elles ont disparu dans les oubliettes de l‘histoire (en compagnie de régimes politiques ou religieux quelque peu lamentables), c’est simplement parce que des hommes de bon sens, pétris d’humanisme et de haute dignité, ont exalté les parts lumineuses que toutes les civilisations de l’homo-sapiens ont mises à notre disposition.
Les civilisations se sont nourries de leurs lumières mutuelles pour mieux combattre leurs propres ombres. Dans une transversale célébration et de grande foi en l’Homme, ces hommes ont honoré les lumières d’où quelles viennent ; les lumières se sont reconnues entre elles; leurs signaux réciproques ont conservé intact (de part et d’autre des lignes de partage ou de conflit) un grand espoir d’humanité pour tous. Grâce à eux, nous savons qu’il est dommageable de considérer l’ombre, ou de s’en servir à des fins qui ne grandissent personne. Ils nous ont donc appris à nous écarter de ceux qui l’utilisent, et qui, par là même, la transportent avec eux.

M. Guéant, fouler le sol martiniquais, c’est toucher une terre que des hommes comme Aimé Césaire ont fécondé de leur sang. Un sang qui s’est toujours montré soucieux de l’humanisation de l’homme, du respect des civilisations et de leurs différences.

Ce serait donc comme une injure à leur mémoire, à leur pensée, à leurs actions, que de vous laisser une seule minute imaginer que vous serez le bienvenu ici.
C’est par-dessus vous, et du plus haut possible, que nous renouvelons à la France des lumières toute notre considération, et confirmons notre respect pour les valeurs républicaines qui, contrairement à celles dont vous êtes le héraut, sont à jamais très opportunes chez nous.

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378 réflexions au sujet de « Lettre ouverte à Claude Guéant »

  1. LA GAUCHE FRANCAISE donneuse de leçons on croit rêver !!!!

    De la résistance à l’Elysée, titrait le Figaro…
    Nous, comme on est moins gentils, on dira “de Vichy à La Havane, itinéraire d’une enfant du siècle…”
    Depuis le décès de Danielle Mitterrand, on ressase à l’envi sur les ondes le mythe de “la jeune résistante qui rencontra François à Cluny (Saône et Loire), chez son père et fut de tout temps habitée de convictions de gauche”.
    Le mythe est beau, il fait pleurer les socialistes, mais ce n’est pas l’histoire.
    En 1941, Danielle était résistante c’est vrai, mais pas toute seule, bien sûr, avec et à cause d’Henri Fresnay (en était-elle amoureuse ?), jeune militant de la droite nationaliste qui venait de créer le Mouvement de Libération Nationale. Les communistes collaboraient avec les nazis (pacte germano-soviétique), les socialistes étaient entrés en masse à Vichy avec l’extrême-droite. Les Gouze-Renal habitaient Vichy. Christine Gouze-Renal, la soeur de Danielle travaillait à la Commission de censure cinématographique. C’est à Vichy, et non à Cluny, qu’elle présenta Danielle à François Mitterrand, responsable de la protection du Maréchal avant de devenir Secrétaire d’Etat aux Anciens combattants. Il venait de recevoir des mains du Maréchal la Francisque n° 2202. Elle devint sa maîtresse.
    Henri Fresnay avait lui aussi une maîtresse, arrêtée en 1942, puis évadée, elle s’était réfugiée chez les amis d’Henri, les Gouze-Renal, s’y croyant à l’abri puisqu’ils étaient vichystes. Elle y fut retrouvée par la Gestapo chez les Gouze-Renal, le 28 mai 1943. Elle fut à nouveau arrêtée, les Gouze aussi et tout le monde fut longuement interrogé par Klaus Barbie, sauf Danielle. Dans le procès-verbal de l’instruction de Barbie (retrouvé en février 1983 après son arrestation), on a la stupeur de découvrir que ce dernier trouva Danielle charmante, parfaitement exquise et qu’il eut bizarrement envie de ne rien lui demander. Puis il fit relâcher toute la famille Gouze. A quoi fut due cette subite bienveillance du bourreau nazi ?
    Mireille Albrecht a elle aussi raconté l’histoire de l’arrestation de sa fille (Ed. Lafont 1987).
    Traumatisé par cette arrestation le père Gouze partit avec femmes et filles à Cluny, en Saône et Loire. C’est là que François les rejoignit en 1944 pour demander la main de Danielle. Entre temps, ayant compris que les Allemands allaient perdre la guerre, il avait rejoint la Résistance dans le groupe du “Petit Charles”, Charles Pasqua ! Qui lui confia la fabrication de faux tampons allemands pour de faux papiers. Le surnom de Mitterrand était Marland, mais “capitaine”, c’est lui qui l’a rajouté pour se présenter au père de Danielle.
    Après la guerre, le couple Mitterrand fréquenta les milieux d’extrême-droite, et notamment maître Tixier-Vignancourt, dont le secrétaire était le jeune Jean-Marie Le Pen, et Bertrand Renouvin, fondateur de La Nouvelle Action Française. Puis ils jugèrent qu’il y avait plus d’avenir dans le socialisme que dans l’extrême-droite pour des jeunes gens ambitieux, ils avaient raison. Ils y entraînèrent leurs amis Charles Hernu, ex-chef du Bureau de propagande ouvrière du Maréchal et Roland Dumas, ex-membre des Jeunesses Vichystes, section de la Forêt de Tronçais.
    On comprend mieux pourquoi Tixier et Renouvin encouragèrent les membres de leurs partis à voter Mitterrand plutôt que Giscard ou Chirac, pourquoi Mitterrand favorisa l’ascension du FN, pourquoi il faisait chaque année fleurir la tombe du Maréchal, pourquoi il recevait son vieil ami Bousquet à sa table.
    Danielle n’a donc pas toujours été la passionaria de gauche que l’on décrit maintenant. Ca, c’est l’histoire, la vraie.

  2. Monsieur le Député,

    Je m’associe aux commentaires de mes concitoyens et je vous félicite pour votre intervention à l’Assemblée Nationale ainsi que pour la lettre ouverte que vous avez écrite à Monsieur Guéant.

    Il est rare, dans l’époque actuelle, de faire référence aux Lumières, aux humanistes de renom et à leur combat contre l’obscurantisme. Le passé, qu’il soit proche ou ancien, ainsi que le présent nous rappellent que ce combat n’est pas terminé. Il faut s’indigner (pour reprendre un mot à la mode) et ne jamais laisser revenir les propos qui font honte à notre Histoire.

    Corrézien, membre du PG, je vous soutiens dans votre indignation.

  3. Une petite partie du discours d’Aimé Césaire sur le colonialisme:”On dit :”… Bah. C’est le nazisme, ça passe”, et on attend et on espère et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries, que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on a été le complice ; que ce Nazisme-là, on l’a supporté, avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce Nazisme-là, on l’a cultivé ; on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte avant de s’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne…”.
    avis à bon entendeur

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