Lutter contre les discriminations
Et l’ethnicisation des rapports sociaux
Dans la France contemporaine
Dans la lignée des combats d’Aimé Césaire et des fondamentaux du Parti progressiste martiniquais, Serge Letchimy s’est engagé résolument au cours de son mandat dans la défense des principes progressistes et la lutte contre les discriminations sociales et raciales. Il s’est notamment attaché à dénoncer de manière constante le mouvement d’ethnicisation des rapports sociaux : les problèmes qui se posent à nous tendent de plus en plus à être perçus et commentés, dans la classe politique notamment, comme relevant de problèmes de « culture », de religion, d’origine géographique et donc, par extension, de couleur de peau.
Témoignant de la résurgence du prisme colonial, ce glissement est dangereux. pour plusieurs raisons. D’abord, il tend à présenter les victimes de l’exclusion sociale et des dysfonctionnements économiques (notamment la jeunesse paupérisée des banlieues populaires) comme les responsables de leur propre malheur puisque ces derniers seraient avant tout coupable d’un refus « d’intégration » ou « d’assimilation ». En conséquence, ce glissement tend à passer sous silence les causes sociales et économiques des problèmes sociaux, en particulier les conséquences désastreuses de choix gouvernementaux conduisant à enrayer la redistribution des richesses en direction des couches populaires et des travailleurs pauvres. En substituant « la concurrence des ethnies » à « la lutte des classes », le gouvernement contribue en fait à la production du « communautarisme » qu’il dénonce par ailleurs. Il tend au final, à faire d’une réalité, le multiculturalisme de la société française dont les outre-mer sont l’une des incarnations, un handicap à gérer, un problème à traiter, une anormalité à supprimer au lieu de le considérer, non seulement comme une richesse héritée de notre histoire mais aussi comme un atout collectif dans le cadre de la mondialisation et de la généralisation des échanges économiques et culturels.
Trois grands ensembles au moins ont témoigné de ce glissement dangereux au cours de la législature et ont à ce titre, suscité l’intervention du député.
- Les deux projets de loi relatifs à l’immigration et à la nationalité
- Le débat sur l’identité nationale
- Le débat suscité par les déboires de l’équipe de France de football en Afrique du Sud
Les deux projets de loi relatifs à l’immigration et à la nationalité
« Je viens de plusieurs continents
Et, chaque jour de ma vie,
Je suis en présence de plusieurs cultures,
De plusieurs langues, de plusieurs mémoires »
Les deux projets de loi relatifs à l’immigration, discutés à l’Assemblée en septembre 2007 puis en septembre 2010, sur lesquels le député s’est exprimé et sur lesquels il a signé plus de 170 amendements, constituent le premier exemple du glissement évoqué plus haut. Exigeant moins l’intégration que l’assimilation, ces projets de loi avait pour fondement la négation du pluralisme culturel propre à la société française. Ils ont durci de manière inadmissible la situation des étrangers résidant légalement en France, notamment les conjointes et conjoints de français. Ils ont cautionné une véritable « chasse » à l’étranger dit « irrégulier » dont les effets, sur les enfants et les familles notamment, n’ont de cesse d’être dénoncé par les associations tels le Réseau éducation sans frontière (RESF). Au mépris des droits les plus élémentaires de la personne humaine, l’étranger sans-papier devient ainsi la figure de l’exclu absolu, sans droit ni considération, jeter en pâture à la vindicte populaire dans une période de crise économique et sociale qui doit pourtant moins à ces familles migrantes qu’aux effets dévastateurs du système produit par les élites néo-libérales.
« La notion d’assimilation constitue une expression obsolète
Renvoyant à l’époque coloniale
Et dont l’existence n’a plus lieu d’être dans le droit français »
Le débat sur l’identité nationale
La deuxième grande question qui témoigne des dérives énoncées plus haut est celle de l’identité nationale. Etroitement associé à celui de l’immigration, ce débat visait in fine à pointer du doigt les autres responsables supposés des difficultés françaises : les jeunes issus de l’immigration africaine et nord-africaine et plus généralement toutes les personnes non conformes à l’archétype du français métropolitain, toutes celles et tous ceux qui, inscrivant en partie leur histoire personnelle et familiale, leur identité personnelle dans un autres espace que celui de la France métropolitaine, étaient accusés de refuser de « s’assimiler » et en conséquence de porter la responsabilité d’une fragilisation de la cohésion sociale.
Serge Letchimy l’a rappelé avec force lors du débat consacré à cette question à l’Assemblée nationale.
« Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers,
Approfondissement et coexistence de tous les particuliers.
Ainsi parlait Césaire en 1956 »
Le débat suscité par les déboires de l’équipe de France de football en Afrique du Sud.
La manière dont ont été commentés les déboires de l’équipe de France de football en Afrique du Sud témoigne parfaitement enfin, du prisme caractéristique du débat sur l’identité nationale et de la confusion engendrée de ce point de vue par le pouvoir. Contre des explications circonstanciées et situées (dans l’univers social du sport de haut niveau en France) se sont imposés des discours à la limite du racisme le plus assumé, attribuant les dysfonctionnements de l’équipe de France aux origines, indissociablement géographiques et culturelles, des membres de cette équipe. Ce sont ainsi et à nouveau, les couches populaires issues de l’immigration, les noirs et les musulmans qui se retrouvaient responsables des « échecs » du pays tandis que le gouvernement continuait son entreprise de démolition des services publics et des mécanismes de redistribution des richesses : non renouvellement de fonctionnaires notamment dans l’éducation, renforcement du bouclier fiscal, etc.
« Aucune voix officielle ne s’est élevée
Pour rappeler tout ce beau monde à la décence et dire :
Stop à l’ethnicisation du débat public !
La représentation nationale ne peut être complice de telles dérives
Dont les conséquences sociales ne sont pas mesurables »
Question d’actualité de Serge Letchimy. Mercredi 30 juin 2010
